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Cet article, traduit par Abdou Dari, remet les choses en place. Il démontre que le calcul astronomique n'est pas du tout une nouveauté dans le monde musulman. Les astronomes musulmans avaient une maîtrise exceptionnelle de cette science mais jamais ils n'ont préconisé de remplacer la vision humaine de la lune par le calcul astronomique.
 
De plus, même scientifiquement, évaluer la vision de la lune n'est pas aussi évident qu'on voudrait le prétendre.
 
Tous les Savants anciens étaient au fait des méthodes de calculs astronomiques extrèmement précis de l'époque, dont certaines sont encore en vigueur aujourd'hui. Donc le calcul scientifique, dans le monde musulman, n'est pas du tout une nouveauté qui serait apparu ces dernières decennies et à laquelle il faudrait nous adapter.
 
D'un point de vue légal, tous les grands commentateurs anciens des Textes-Sources (Coran et Hadiths) sont unanimes : c'est la vision humaine qui prime et non pas le calcul.
 
Aujourd'hui, beaucoup de musulmans sont entrain de véhiculer un discours qui voudrait nous faire croire qu'au nom de la "modernité" et d'une "science" déifiées, il faudrait nous adapter. 
 
En fait, la science n'est qu'un prétexte car on voudrait nous imposer le calcul astronomique pour une seul et unique raison : soumettre notre culte aux impératifs productivistes de notre société du travail (poser ses congés à l'avance, organiser la production...) et de la consommation (organiser les campagnes commerciales du Ramadan, organiser les vacances, etc...)
 
Si cette question ne se posait pas avant, ce n'est pas parce que les astronomes  musulmans ne connaissaient pas le calcul astronomique, comme le prétendent certains musulmans, ignorants de notre histoire mais aliénés aux scientisme et aux modernisme. 
 
Tout au contraire. Les Savants musulmans de l'époque médiévale maîtrisaient cette science parfaitement (et peut être beaucoup mieux que certains musulmans aujourd'hui) ; Non, la seule et véritable raison, c'est encore et toujours de soummettre les consommateurs et travailleurs musulmans aux impératifs d'une société qui n'adorent que la rentabilité économique et qui ne peut supporter toute imprévisibilité gênant le processus d'organisation de nos sociétés marchandes.
 
Yamin Makri
 
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Au nom de Dieu, Clément et Miséricordieux
 
 
 
La civilisation occidentale a influencée les musulmans jusque dans leurs actes cultuels. Les Occidentaux conservent encore des séquelles de siècles d’obscurantisme. En contre-réaction nombreux sanctifient encore de nos jours les sciences de l’Univers. Ces scientistes placent les sciences sur un piédestal et tentent des les appliquer sur tous les aspects de la vie, même si, parfois, cela devient absurde (peut-on par exemple sérieusement parler d’une science de l’art ?). Ce qui est scientifique est par définition mesurable, quantifiable, et se prête à des expérimentations.
 
Or, en quoi des actes cultuels, prescrit par le Créateur Omniscient dont les desseins nous échappent - sauf s’il nous les révèle - sont-ils scientifiques ? Chercher obstinément à introduire des calculs dans les actes cultuels, seulement parce que notre raison le juge bon, est déjà un non sens.
 
 
Ensuite, l’Islam nous enseigne que c’est ALLAH qui désigne l’intérêt de l’homme, et celui-ci doit se conformer à Son Enseignement, pour peu que l’individu soit sensé. Si la raison étroite de l’homme s’imagine que telle chose est dans son intérêt, puis qu’elle cherche à distordre la Loi du Créateur pour qu’Elle épouse ses propres vues, alors celui qui adopte cette démarche n’adore plus ALLAH (SWT), même s’il peut continuer à le prétendre.
 
 
C’est ainsi que nous voyons des musulmans défendre les calculs astronomiques pour commencer ramadhan et le terminer selon un calendrier calculé des années auparavant. Ils ne produisent pas d’arguments légaux à l’appui de leur position, mais avancent deux principes : celui de l’intérêt de la communauté et celui de la modernité forcément scientifique (concept qu’ils confondent avec rationnel). Ils voient, par exemple, dans les calendriers pré-calculés fixant les dates des fêtes religieuses, un moyen de faciliter la vie de chacun : on peut organiser ses jours de congé longtemps à l’avance !
 
 
Les deux approches sont à rejeter. Concernant l’intérêt de la communauté, la Loi Révélée ne doit pas se plier aux désirs et humeurs de chacun, mais c’est l’inverse qui doit se produire, à condition d’avoir correctement compris ce que signifie adorer ALLAH le-Très-Haut.
 
 
Quant à l’ingérence scientiste dans la définition du début du mois de ramadhan et sa clôture, il faut signaler ici certaines idées fausses véhiculées par les partisans du calcul.
 
 
Ils disent que les calculs astronomiques sont aujourd’hui bien plus développés qu’autrefois et devenu très précis, donc incontournables. Cette affirmation est fausse car les calculs astronomiques ont été fortement développés par les astronomes musulmans dès le 8eme siècle (2eme siècle de l’Hégire).
 
L’age d’or de cette discipline se situant dans la période du 8eme au 10eme siecle ec. Durant cette époque, les astronomes étudièrent avec détails et précision nombres de phénomènes physiques. En 978 ec, Al Biruni mesura le rayon de la Terre depuis le fort de Nandana (117 km d’Islamabad). Il calcula 6 338,80 km, à comparer avec les 6 370,98 ou 6 355,41 km à la latitude de Nadana calculés aujourd’hui avec les instruments modernes.
 
Concernant la visibilité du croissant lunaire, nombre d’astronomes musulmans émirent des critères et produirent des tables de calculs encore en usage de nos jours. Il y a notamment les critères de visibilité du nouveau croissant lunaire définis par : Ibn Tariq, al-Khawarizmi, Thâbit Ibn Qurra, Habash, Ibn Yunes etc.
 
A ce propos, voici un échantillon de prolifiques et éminents astronomes des quatre coins du monde islamique :

Ibn Tariq (796),

al-Khawarizmi (752-821),

al-Djawhari (VIII-IXe siècles),

Thâbit Ibn Qurra (836-871),

al-Batâni (848-888),

Habash (IXe siècle),

Az-Zarqali (983-1050),

Ibn Abi Ridjal (896-1031),

Abu al-Wafa (897-959),

Ibn Yunes (971),

Al-Biruni (942-1016),

Ibn al-Haytham (965-1031),

‘Atir ad-Din al Bahri (1012-1050),

Nasîr al-Dîn al-Tûsî (1174-1242),

Abû-Sukhr al-Maghribi (1250),

Ibn ach-Chatir (1277-1345).

 
Il n’a pas été rapporté qu’un de ces astronomes ait préconisé que le calcul astronomique doit remplacer la vision lunaire légale pour déterminer le début et la fin de ramadhan ou la date de ‘Aîd al-Adhâ.
 
Les grands fuqahas contemporains de ces astronomes, ou ceux qui ont vécus des siècles plus tard, sont unanimes sur l’interdiction de l’usage de ces calculs astronomiques en remplacement de la vision lunaire, pour ramadhan et ‘Aîd al-Adhâ.
 
Voici quelques exemples de leurs argumentations à ce sujet :
 
 
1 : Ibn Hajar, commentaire du Sahîh al-Bukhârî
 
عن بن عباس بلفظ فإن غم عليكم فأكملوا العدة ثلاثين قوله فاقدروا له تقدم أن للعلماء فيه تأويلين وذهب آخرون إلى تأويل ثالث قالوا معناه فاقدروه بحساب المنازل قاله أبو العباس بن سريج من الشافعية ومطرف بن عبد الله من التابعين وابن قتيبة من المحدثين قال بن عبد البر لا يصح عن مطرف وأما بن قتيبة فليس هو ممن يعرج عليه في مثل هذا
ونقل بن العربي عن بن سريج أن قوله فاقدروا له خطاب لمن خصه الله بهذا العلم وأن قوله فأكملوا العدة خطاب للعامة قال بن العربي فصار وجوب رمضان عنده مختلف الحال يجب على قوم بحساب الشمس والقمر وعلى آخرين بحساب العدد قال وهذا بعيد عن النبلاء.
ابن حجر
فتح الباري-شرح صحيح البخاري
 
 
Traduction : D’après Ibn ‘Abbâs, [le hadith a été rapporté] avec les termes « Si le temps se couvre, alors terminez le nombre [de jours] pour arriver à trente ». Son propos « âqdirû lah » (estimez-le) a conduit les savants vers deux interprétations. D’aucuns se sont orientés vers une troisième interprétation. Ils dirent que cela signifie : estimez-le par les calculs astronomiques. C’est ce qu’a dit ’Abû-‘Abbâs Ibn Suraîdj de l’école chafi‘ite, Mutraf ibn ‘Abd-Allah de la première génération après les compagnons, et Ibn Qâtîba un spécialiste du hadith. Ibn ‘Abd-al-Bir a notifié que ce qui a été rapporté concernant Mutraf est faux, et qu’Ibn Qâtîba n’est pas une référence pour ce genre de sujet.
 
Ibn al-‘Arabî a rapporté qu’Ibn Suraîdj a considéré le propos du Prophète (SAAWS) « estimez-le » comme un discours destiné à ceux qu’ALLAH a distingué par cette science. Alors que « terminez-le » est un discours pour la masse. Ibn al-‘Arabî a commenté : « Ainsi ramadhan devient obligatoire, selon lui, d’une manière différente suivant son statut propre : pour certains en faisant des calculs sur le soleil et la lune et pour d’autres en comptant le nombre de jours ». Il compléta : « Ceci est loin d’être une pensée élevée ».
Ibn Hajar, Fath al-Bârî - Commentaire du Sahîh al-Bukhârî
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2  : An-Nawawî, commentaire du Sahih Muslim
 
واحتج الجمهور بالروايات التى ذكرناها وكلها صحيحة صريحة فاكملوا العدة ثلاثين وهى مفسرة لرواية فاقدروا له المطلقة قال الجمهور: ومن قال بتقدير تحت السحاب فهو منابذ لصريح باقى الروايات وقوله مردود ومن قال بحساب المنازل فقوله مردود بقوله صلى الله عليه وسلم في الصحيحين " إنا أمة أمية لا نحسب ولا نكتب الشهر هكذا وهكذ " الحديث قالوا ولان الناس لو كلفوا بذلك ضاق عليهم لانه لا يعرف الحساب الا أفراد من الناس في البلدان الكبار فالصواب ماقاله الجمهور وما سواه فاسد مردود بصرائح الاحاديث السابقة.
النووي
المنهاج شرح مسلم
 
Traduction : La multitude s’est appuyée sur les versions de hadiths que nous avons cité, tous sahihs et clairs. Le hadith « Terminez le compte à trente » est l’explication de « aqdirû lah » qui est ouvert. La multitude a affirmé : celui qui soutient l’estimation lorsque le temps est couvert, est en porte-à-faux avec les autres hadiths clairs sur ce sujet, et son opinion est rejetée. Quant à celui qui soutient le calcul astronomique, son opinion est rejetée en raison de la paroles du Prophète (SAAWS) rapporté dans les deux sahihs : « Nous sommes une Nation illettrée. Nous n’écrivons pas et ne comptons pas. Les mois sont comme ceci et comme cela […] ». Ils [la plupart des savants] dirent que si les gens devaient s’y conformer, ils éprouveraient une forte gêne, parce que ceux qui connaissent ces calculs ne sont que quelques individus sur un grand territoire. L’opinion juste est celle adoptée par la masse et toutes les autres opinions sont dévoyées et rejetées, en raison de la clarté des hadiths précédemment cités.
An-Nawawî, Les voies – Commentaire du Sahih Muslim
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3 : Tafsir d'Al-Qurtubî, Sourate 2 - Verset 183
 
سورة البقرة
"يا أيها الذين آمنوا كتب عليكم الصيام"
. وقال الجمهور: معنى (فاقدروا له) فأكملوا المقدار، يفسره حديث أبي هريرة (فأكملوا العدة). وذكر الداودي أنه قيل في معنى قوله "فاقدروا له": أي قدروا المنازل. وهذا لا نعلم أحدا قال به إلا بعض أصحاب الشافعي أنه يعتبر في ذلك بقول المنجمين، والإجماع حجة عليهم. وقد روى ابن نافع عن مالك في الإمام لا يصوم لرؤية الهلال ولا يفطر لرؤيته، وإنما يصوم ويفطر على الحساب: إنه لا يقتدى به ولا يتبع.
القرطبي
الجامع لأحكام القرآن
 
[2.183] Ô les croyants! Il vous a été prescrit as-Siyâm […]
 
Traduction du commentaire : "La multitude a dit que le sens de « aqdirû lah» est terminez le nombre [de jours]. Cette expression est expliquée par le hadith de ’Abû-Hurayra « Terminez le nombre [de jours] ». Ad-Dâwdî a rapporté que certains ont interprété « aqdirû lah » par le calcul astronomique. Nous ne connaissons personne qui soutient cette opinion sauf certains chafi’ites. Cette opinion relève de l’astrologie. Le consensus est une preuve à leur encontre. Ibn Nâfi’ a rapporté que Mâlik a été questionné sur l’Imam [Chef de l’Etat islamique] qui ne jeûne pas à la vue du croissant lunaire, et ne rompt pas le jeûne pas à la vue du croissant lunaire, mais commence et clôture le jeûne selon les calculs. Il répondit qu’il ne faut pas le prendre comme référence ni le suivre."
Al-Qurtubî, La compilation des lois du Coran  (Tafsîr)
 
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4 : Ibn Taymiyya, commentaire du hadith
 
 
 
" إنا أمة أمية: لا نكتب ولا نحسب، الشهر: هكذا هكذا، يعني مرة تسعة وعشرين، ومرة ثلاثين ". رواه البخاري و مسلم .
وهذا: دليل على ما أجمع عليه المسلمون - إلا من شذ من بعض المتأخرين المخالفين، المسبوقين بالإجماع - من أن مواقيت الصوم والفطر والنسك: إنما تقام بالرؤية عند إمكانها، لا بالكتاب والحساب، الذي تسلكه الأعاجم: من الروم، والفرس، والقبط والهند، وأهل الكتاب من اليهود والنصارى.
ابن تيمية
اقتضاء الصراط المستقيم
 
Le hadith : « Nous sommes une Nation illettrée. Nous n’écrivons pas et ne comptons pas. Les mois sont comme ceci et comme cela, c’est-à-dire une fois 29 jours et une autre 30 ». Rapporté par al-Bukhârî et Muslim.
 
La traduction du commentaire : "Ceci est une preuve sur cette question, objet d’un consensus des musulmans, mis à part ceux qui ont pris une position discordante parmi les contemporains contradicteurs, alors que le consensus les a précédé. Le consensus porte sur le fait que les dates du début du jeûne, de la clôture du jeûne et des actes cultuels sont déterminés par la vision [lunaire légale] lorsqu’elle est possible, pas par l’écriture, ni les calculs, comme ont font usage les étrangers parmi lesquels : les Romains/Byzantins, les Perses, les coptes et les hindous, et les gens du Livre : juifs et chrétiens."
Ibn Taymiyya, Suivre la voie droite
 
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Ainsi, d’un point de vue légal, la question est claire.
 
Concernant, l’allégation que les calculs astronomiques seraient beaucoup plus précis que la vision oculaire, qui peut être subjective, il convient de procéder à un éclaircissement : 
 
Ce qui est très précis c’est le calcul du moment de la conjonction lune / soleil. Mais, la visibilité dépendant d’innombrables facteurs complexes (acuité de l’oeil de l’observateur, pression atmosphérique, température, taux d’humidité etc.) sa prévision est très imprécise, et divergente suivant les critères et les modèles.
 
Or, ce que demande la Loi islamique c’est la vision effective, et non la visibilité (vision potentielle) que prédisent vaguement, et de manière non fiable, les calculs. Les calculs de la conjonction ne doivent pas être confondus avec les estimation de la visibilité et encore moins avec la vision réelle elle-même.
 
En définitive, les calculs astronomiques en tant que critères décisifs pour jeûner ou rompre le jeûne de ramadhan sont à proscrire pour maintes raisons. La principale raison est que le Prophète (SAAWS) a réprouvé de tels calculs pour le mois de ramadan, que ces calculs soient précis ou non.
 
Pour une étude légale plus détaillée de cette question, le lecteur peut se référer au fascicule « Ramadhan - La méthode islamique pour débuter et clôturer le mois de jeûne », par le Cheikh ’Abû-’Iyâs Mahmûd bin ‘Abd-al-Latîf bin Mahmûd (‘Ûîdha) : 
 
 
Ce texte, traduit par Abdou Dari, est un extrait de l'ouvrage  Ahkâm as-siyâm (Les règles du jeûne) du Savant Abû Ilyas Al -'Awida
Que valent les calculs astronomiques pour le jeûne du Ramadan ?
Tag(s) : #Islam

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