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Voici la traduction d'un article du Guardian que j'ai traduit de l'anglais. Il est à lire car il complète notre article sur l'axe saoudo-sioniste (voir "Les printemps arabes face à l'axe saoudo-sioniste"). Cet article se concentre uniquement sur le rôle néfaste de la famille Saoud. Bien sur, rien n'est évoqué sur le rôle central des officines sionistes de Tel Aviv, Washington ou Paris.

 

Malgré cela, cet article est a lire.

 

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Le roi Abdullah craint les Frères Musulmans, qui défie l'ambition du royaume d'être le seul protecteur officiel de l'Islam mondial.

 

Il a fallu presque 60 ans pour la C.I.A. pour reconnaître son rôle dans le coup d'État qui a renversé le Premier ministre iranien, Mohammed Mossadegh, en 19 août 1953.

 

Mais l'implication de l'Arabie Saoudite au coup d'État égyptien, que son responsable des Services de Renseignement, le Prince Bandar, a pris soin de préparer patiemment, a été reconnu immédiatement.

 

Quand Adli Mansour, l'ancien responsable de la Cour suprême, est devenu le président provisoire, le Roi Abdullah lui a envoyé un message louant l'armée égyptienne pour avoir sauvé le pays d'un sombre destin.

 

Le monarque saoudien, vendredi dernier, a fait un discours tranchant et atypique chez cette homme :

"Laissez le monde entier savoir que le peuple et le gouvernement du Royaume de l'Arabie Saoudite ont été debout et sera toujours debout avec nos frères en Égypte contre le terrorisme, l'extrémisme et la sédition et contre quiconque essaye de s'immiscer dans les affaires internes de l'Égypte."

 

Ceci était inhabituel parce qu'Abdullah visait ainsi directement son allié américain mais aussi le Qatar, son rival régional, qu'il accuse "de multiplier les feux de la sédition et la promotion du terrorisme contre lequel ils prétendent se battre".

 

Cette manière de faire est exceptionnelle car le monarque, qui préfère habituellement agir dans les coulisses la diplomatie secrète, a été cette fois-ci très explicite.

 

Le royaume, avec son argent et son pétrole, a les moyens de sa politique. Il a déjà réuni 12 milliards de dollars avec les Émirats arabes unis et le Koweït. Cette aide est quatre fois plus importante que l'aide militaire américaine et les subventions économiques de l'EU combinées.

 

Lors de son voyage en France, le ministre des Affaires Étrangères, le Saoudien Al-Faisal, avait promis de compenser toutes les suspensions de crédit de l'Union européenne ou toutes les aides américaines qui seraient gelées.

 

Ainsi l'impuissance de Barack Obama dans le Moyen-Orient a été mise en évidence par son plus fidèle allié militaire arabe de la région : l'Arabie des Saouds.

 

Le prince Bandar (service secret saoudien) a aussi été à Moscou pour s'assurer de son soutien. Le fait d'être des rivaux dans la guerre civile en Syrie (le royaume cherche la chute de Bashar Al-Assad soutenu par la Russie militairement) n'a pas été un obstacle à une visite très productive.

 

Les deux pays ont consenti à garder le prix du pétrole haut, reconnu leur haine commune pour les Frères Musulmans, que le ministère des Affaires étrangères russes assimilent à des extrémistes Islamiques. La Russie estime qu'il ne peut que craindre l'Islam politique, avec une population musulmane du Caucase, qui devient une proportion importante de la population totale de la Fédération de Russie (14 % de la population avant 2020).

 

Mais pourquoi donc le royaume, reconnu pour sa prudence sur la scène diplomatique, met-il tous ses oeufs dans un seul panier, alors qu'on connait l'imprévisibilité de la situation égyptienne ?

 

Sisi a remercié le royaume en des termes hypocrites. Il a dit que l'intervention saoudienne était sans précédent depuis la guerre de 1973 de Yom Kippour avec Israël. Bel éloge, en effet.

 

Pour le Dr Maha Azzam, l'expert associé au programme Moyen-Orient et Afrique du Nord à la Chatham House (http://www.chathamhouse.org/about-us/directory/70630) le soutien du royaume pour le coup d'État n'est pas une surprise. Le royaume saoudien a été stupéfait de l'abandon par Washington de Hosni Mubarak, son allié régional le plus proche.

 

Ils l'avaient vu se faire remplacer par les Frères musulmans, qui défient la famille Saoud dans sa prétention à être le représentant de l'Islam mondial.

 

Azzam poursuit :

"Cette équation mortelle, démocratie plus islamisme, sous l'égide de la Fraternité Musulmane est un mélange fatal qui sape la légitimité du royaume à long terme. Ils savent parfaitement que les Frères ne veulent pas de démocratie, mais avoir un autre groupe représentant l'Islam était intolérable."

 

Le roi Abdullah a de bonnes raisons pour craindre la Fraternité, qui a connu une popularité sans précédent dans l'Arabie Saoudite depuis le coup d'État.

 

La sympathie à Mohamed Morsi a déferlé sur Twitter et dans tout le pays. Le soutien pour Morsi sur ces réseaux sociaux a son propre emblème, les quatre doigt, qui rappelle Rabaa (quatre en arabe), lieu du massacre perpétré par la junte militaire.

 

C'est une chose de convaincre la classe moyenne et l'élite intellectuelle, mais c'est tout à fait autre chose de le faire chez les érudits religieux. Ainsi, un groupe de 56 d'entre eux ont publié une déclaration décrivant les événements du 3 juillet comme "incontestablement un coup militaire et un acte criminel illégal et illicite". Le roi a aussitôt été attaqué dans un sermon par un shaykh de la mosquée An-Nabawi à Médine, le deuxième lieu saint de l'Islam.

 

La famille royale a répondu à la campagne à laquelle ils faisait face sur les réseaux sociaux en mettant à la porte un téléprédicateur koweïtien en liens avec les Frères : Tareq Al-Suwaidan, qui a plus de 1.9 millions d'abonné sur Twitter. Ejecté, comme tous ceux qui diffusent des "pensées déviantes", il n'a donc plus sa place à la chaîne Al-Resalah.

 

Mais ceci est une stratégie dangereuse. Si le président Morsi n'a pas osé dénoncer ses ennemis des pays du Golfe pour tout l'argent deversé et pour tout le soutien apporté aux politiciens de l'opposition égyptienne, à leurs partis et à leurs chaînes de télévision privées, c'est pour la seule et bonne raison qu'il y a 2 millions d'Égyptiens, travailleurs immigrés, dans le seul royaume saoudien. Et leur expulsion serait catastrophique pour une économie déjà à genoux.

 

Cependant aujourd'hui, ce qui pourrait bien suivre est une campagne lancée par les membres des Frères musulmans pour déstabiliser les régimes émiratis ou saoudiens.

 

Azzam conclut :

 

"Pour les USA et l'UE, il y a des zones floues. Vous avez d'un côté des régimes autoritaires, y compris Assad, déstabilisés par les printemps arabes. Et, de l'autre, vous avez les régimes autoritaires amies qui disent : 'nous pouvons ramener la stabilité et réprimer la marée démocratique.'

 

Pour Washington le comportement saoudien signifie donc qu'il n'a plus d'acteur régional qui pourrait servir d'intermédiaire avec l'armée égyptienne. Personne qui peut jouer le rôle de bon flic."

 

Les lignes de combat ont maintenant été clairement dessinées partout dans le monde arabe. Le coup militaire en Égypte avec l'assistance saoudienne représentent une réelle tentative d'un retour en arrière en interrompant la vague de démocratisation annoncée par le renversement des dictateurs arabes.

 

Cela ne va probablement pas être le dernier mot d'une bataille qui promet d'être épique.

 

Auteur : David Hearst

Traduction : Yamin Makri

Source : http://www.theguardian.com/commentisfree/2013/aug/20/saudi-arabia-coup-egypt

Pourquoi l'Arabie Saoudite prend-elle un risque en soutenant le coup d'État égyptien ?
Tag(s) : #International

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