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Nos démocraties défaillantes ont besoin du terrorisme


On nous décrit souvent le terrorisme comme une des conséquences malheureuses de nos sociétés dites « modernes ». En fait, le terrorisme médiatiquement mis en scène est devenu aujourd’hui l’alibi parfait pour faire perdurer l'illusion des « bienfaits » de ce système inique propageant l'injustice et la désolation sur notre planète. Notre « démocratie » défaillante a besoin du terrorisme. Il a besoin de cet ennemi en papier mâché, comme il a fondamentalement besoin de le mettre en spectacle.

C'est Guy Debord (1931-1994), dans son célèbre ouvrage La société du spectacle qui certainement le décrit le mieux : « Cette démocratie si parfaite fabrique elle-même son inconcevable ennemi, le terrorisme. Elle veut, en effet, être jugée sur ses ennemis plutôt que sur ses résultats. L’histoire du terrorisme est écrite par l’État. »

Et si le terrorisme n'existait pas, il faudrait certainement l'inventer car « les populations spectatrices ne peuvent certes pas tout savoir du terrorisme, mais elles peuvent toujours en savoir assez pour être persuadées que, par rapport à ce terrorisme, tout le reste devra leur sembler plutôt acceptable, en tout cas plus rationnel et plus démocratique. »

En période de crise, où après avoir élu ces représentants politiques qui accompagnent passivement les licenciements en masse et remettent en cause bon nombre des acquis sociaux, Debord apparaît comme un visionnaire.

À l'heure, où Il écrivait ces lignes, le terrorisme en France était essentiellement séparatiste ou d'extrême-gauche. En France, la manipulation d'État des actions terroristes des mouvements séparatistes basques ou corses (ou d’extrême gauche) a toujours servi à disqualifier leurs revendications. Aujourd'hui, cette même politique d'État (en France comme ailleurs) se poursuit pour disqualifier une communauté, une foi ou même de simples revendications de justice.

Et si, quelques décennies auparavant, des séparatistes ou quelques militants d’extrême gauche participaient à ces actions, il est évident que des « musulmans sincèrement manipulés » participent aussi – consciemment ou non – à cette esbroufe. Les écrits de Guy Debord (qui n'a pas vécu le 11/09/01) pourrait être une belle réponse à ceux qui pourraient nous accuser de complotisme : « Certains ne verraient dans le terrorisme rien de plus que quelques évidentes manipulations par des services secrets ; d’autres estimeraient qu’au contraire il ne faut reprocher aux terroristes que leur manque total de sens historique. »

Et il poursuit : « L’emploi d’un peu de logique historique permettrait de conclure assez vite qu’il n’y a rien de contradictoire à considérer que des gens qui manquent de tout sens historique peuvent également être manipules ; et même encore plus facilement que d’autres. »

Et ces personnes « manipulés » sont même une aubaine pour nos « États démocratiques » qui ont appris à les utiliser et à les mettre en spectacle : « On devrait d’ailleurs s’attendre, comme logiquement probable, à ce que les services de protection de l’État pensent à utiliser tous les avantages qu’ils rencontrent sur le terrain du spectacle, lequel justement a été́ de longue date organisé pour cela. »

Ensuite, la pas est vite fait entre le terroriste, l'islamiste, puis le musulman pratiquant, l'arabe, et plus généralement l'Islam, l'étranger, pour enfin mettre à l’index tous ces « perturbateurs », tous cette « populasse » qui manifestent et s'opposent au système actuel car « l'intérêt actuel de la justice répressive dans ce domaine consiste bien sûr à généraliser au plus vite, nous dit Guy Debord. »

Et l'accusation d'islamistes, ou d'alliés du terrorisme peuvent s'apposer à tous les contradicteurs car, poursuit-il, « tout ennemi de la démocratie spectaculaire en vaut un autre, comme se valent toutes les démocraties spectaculaires. Ainsi, il ne peut plus y avoir de droit d’asile pour les terroristes, et même si l’on ne leur reproche pas de l’avoir été́, ils vont certainement le devenir, et l’extradition s’impose. » (à cette époque, la France mettait en danger et extradait des séparatistes basques en Espagne et des opposants politiques italiens en Italie)

Aujourd'hui cela continue, et au sein même des « démocraties » occidentales nous acceptons et banalisons la torture, les prisons illégales gérées par la CIA en Europe et dans les dictatures du Sud, les enlèvements illégaux, les assassinats de civils à l'aide de drones, Guantanamo... Et tous ce qu'on ne sait pas encore.

Et il faudra encore d'autres attentats bien mis en scène, tout aussi cruels et immondes, pour faire accepter l'inacceptable et rendre juste l'injustifiable.

Démocraties et terrorisme
Tag(s) : #Réflexions, #International

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