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Les printemps arabes ont pris une tournure nouvelle depuis quelques mois.

On savait les Américains dépassés par ces événements. La Maison blanche avait déjà pris la décision quelques années auparavant de déplacer une partie de ses troupes vers la zone Asie-Pacifique. La Chine devenait l’enjeu véritable pour les décennies à venir et la crise économique ne lui permettait plus d’être sur tous les fronts en même temps.

 

Après avoir mis à feu et à sang, l’Afghanistan et l’Irak, l’armée américaine n’avait qu’une seule envie : se retirer. Et malgré tout ce qui se disait, il était hors de question de déclencher une guerre ouverte avec l’Iran puisque l’enjeu était ailleurs. Il fallait juste contenir cette puissance régionale et l’affaiblir autant que nécessaire.

 

Pour la question palestinienne, l’administration Obama, malgré quelques timides tentatives, n’a jamais cru à une solution négociée. De plus, le retrait partiel américain de cette région devra donner à l’entité sioniste un rôle central et une importance encore plus cruciale : celui de continuer à préserver les intérêts de la puissance impériale. Et ils sont nombreux.

 

Les sionistes l’ont bien compris et ils savent le monnayer en refusant tout accord qui ralentirait la colonisation de toute la Palestine. Mais il n’y a pas que l’État sioniste qui cherche à profiter de l’affaiblissement relatif de la puissance américaine.

 

Il y a aussi l’Iran qui a pratiquement pris le contrôle de l’Irak avant même que les GIs aient quitté ce pays. Avec son implication totale dans les enjeux libanais et ses milices participant aux horreurs de la guerre civile syrienne, l’Iran est entrain de créer la profondeur stratégique nécessaire pour, si nécessaire, ouvrir un conflit direct avec l’État colonial sioniste.

 

Les débuts "romantiques" des printemps arabes ont aussi permis à d’autres acteurs régionaux de profiter de l’aubaine du retrait (partiel) américain.

 

Ce sont la Turquie ottomane d’Erdogan et le micro-État qatari en mal de reconnaissance. Ces deux États soutiendront toutes les révolutions et s’attireront (en partie) la sympathie des masses arabes. Mais ce qui est peu dit, c’est que ces deux pays ne joueront ce rôle que dans les limites tolérées du maître américain.

 

Et les deux impératifs de la grande puissance impériale sont simples :

– 1/ La soumission aux ambitions sionistes en Palestine. Car cet État est et restera le seul allié fiable pour les Américains ;

– 2/ Et la soumission totale à l’hégémonie libérale, par l’accès libre de leurs multinationales aux marchés économiques et aux ressources énergétiques.

 

Or ces deux pays – Qatar et Turquie – prônent l’ultralibéralisme, sont totalement ouverts aux marchés américains, ont sur leur sol les plus importantes bases américaines et sont les deux États de la région qui ont des relations stratégiques et rapprochés (économiques, diplomatiques...) avec l’État sioniste. Des relations d’ailleurs qu’ils assument publiquement.

 

Donc, que ces deux États « pro-islamistes », vantant les printemps arabes, soient les relais des intérêts américains et sionistes dans la région n’a jamais été un problème ni pour Washington, ni réellement pour Tel Aviv, ni d’ailleurs pour les leaders des mouvements populaires de ces printemps qui n’avaient qu’un seul objectif en tête : se débarrasser de leurs dictateurs locaux.

 

Et face à l’urgence et à la rapidité des événements, les considérations géostratégiques et la mise en place d’alternatives économiques antilibérales n’ont jamais été à l’ordre du jour. Les objectifs restaient nationaux et le fameux « dégage ! » s’adressait aux potentats sans pouvoir remettre en cause les systèmes.

 

Le tournant

 

Le printemps syrien rapidement transformé en guerre civile a complètement changé la donne. Car il ne s’agissait plus de sympathiques manifestations de masse mais d’une véritable insurrection armée qui était entrain de changer l’équilibre des forces dans un pays limitrophe à la Palestine occupée.

 

La Turquie et le Qatar n’ont pas prévu l’ampleur phénoménale du désastre syrien. Aujourd’hui, ils essaient, tant bien que mal, d’en limiter les énormes conséquences humanitaires. Et ils regrettent, sans l’avouer, leur implication dans ce drame.

 

L’Iran, elle, s’y implique totalement car elle voit que sa profondeur stratégique qu’elle a patiemment construite depuis plusieurs décennies risque d’être remise en cause ; à côté d’une Russie qui n’accepte plus être exclue d’un Moyen-Orient qui est entrain de muter radicalement.

 

Mais le drame syrien va surtout alerter la famille saoudienne et l’entité sioniste. Ils prennent conscience des conséquences désastreuses du désengagement américain pour leur avenir respectif. Ils doivent donc s’impliquer directement en finançant certains groupes rebelles, pour les saoudiens, ou en bombardant directement certaines installations stratégiques syriennes, pour les sionistes.

 

Ces deux entités usurpatrices (royaume saoudien et entité sioniste), création du colonialisme européen, ne survivent et n’existent qu’à travers la présence occidentale. Un retrait même partiel des américains, considérant que cette région a une importance stratégique moindre, remettrait en cause, à terme, leur existence même.

 

Or, les Occidentaux sont entrain de prendre conscience qu’ils ne peuvent plus soutenir à bout de bras des potentats locaux qui n’ont plus de soutien populaire.

 

Ce n’est plus dans leur intérêt et ils commencent à accepter l’idée que les islamistes puissent être une alternative crédible. À la condition, évidemment, de ne pas remettre en cause les deux piliers de la politique américaine : le libéralisme économique et la présence sioniste.

 

Et la Turquie islamiste d’Erdogan prouve bien à tous ceux qui en douteraient encore qu’on peut être un dirigeant islamiste d’un pays membre de l’OTAN (responsable du désastre humanitaire afghan), ayant des relations fructueuses avec l’horreur sioniste et, en plus, se vanter d’être un champion du libéralisme économique.

 

Ainsi, tous les islamistes qui arriveront aux portes du pouvoir de leur État affirmeront haut et fort leur affiliation au (contre-) modèle Erdogan… pour apaiser les craintes occidentales.

 

Ce changement de position occidentale vis à vis des islamistes alerte les sionistes qui, malgré l’exemple turc, ne croit pas qu’un régime issu de la volonté populaire – islamiste ou pas – puisse se soumettre à ses ambitions coloniales.

 

Et Tel Aviv trouvera un allié de taille dans le régime féodal des Saouds. En effet, cette dynastie, honnie par tous les peuples arabes, sait qu’elle disparaîtra, sans la présence et l’aide américaines.

 

Les rois saoudiens auront tout fait pour s’attirer les faveurs occidentales. Ils font fluctuer le prix du baril en fonction des seuls intérêts américains. Ils achètent à prix d’or leur armement sophistiqué qu’ils ne peuvent pas maîtriser mais qui permettent aux européens et américains de renflouer leur économie. Ils sont les principaux acheteurs des bons du trésor permettant le surendettement américain. Ils ont financé toutes les guerres impériales dans la région. Et avec leur allié israélien, ils ont planifié et organisé les derniers bombardements sur Gaza.

 

Pour pérenniser leur existence face au manque d’engagement américain, une alliance objective est donc entrain de se créer, c’est cet axe saoudo-sioniste.

 

Dorénavant, c’est le jeu saoudo-sioniste qui donne la mesure dans la région avec l’accord tacite de la puissance impériale. C’est un jeu qui veut rester discret mais dont l’influence est prépondérante, car les pétrodollars saoudiens et les services de renseignement du sionisme international lui permettent tous les moyens de sa politique régionale.

 

L’illusion médiatique voudrait nous faire croire au jeu iranien, qatari ou turc mais ils ne font que réagir pour préserver leurs petits intérêts nationaux.

 

La famille corrompue des Saouds et les agresseurs sionistes savent que leur État n’a pas de légitimité historique, et ils sont donc totalement affolés face à la débandade de leur protecteur américain.

 

Aujourd’hui, dans les mouvements de la résistance syrienne, ce sont les groupes armées financés et bien armés par la famille Saoud qui prennent le dessus sur les autres groupes.

 

Et en Égypte, ce sont les services saoudiens avec la coopération sioniste qui organisent le coup d’Etat avec les incroyables massacres qui en découlent.

 

Pour les potentats saoudiens comme pour les agresseurs sionistes, laissé émerger des régimes issus de la volonté populaire, c’est à terme mettre en danger la survie de leur propre État dont l’existence n’est qu’artificiel.

 

Par leurs manipulations, ils espèrent retarder l’échéance mais ils la rendent encore plus inéluctable. Ces deux États disparaîtront, pour le bien de tous. Inshallah.

 

 

Yamin Makri

Les printemps arabes face à l’alliance Saoudo-sioniste
Tag(s) : #International, #Palestine

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