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Coup d'État militaire contre M. Morsi

Un coup d'État militaire en Égypte. C'est les Frères musulmans, bien plus que le simple personnage de M. Morsi qui ont été prié de se retirer. Beaucoup d'observateurs avisés, à la veille des élections présidentielles n'ont jamais cru qu'on accorderait la présidence aux Frères musulmans. Les évènements, un an plus tard, ont fini par leur donner raison.

En fait, les « mouvements islamistes » n'ont jamais su tirer l'expérience de leurs « frères », dans d'autres pays. Quand certains expliquaient aux leaders du FIS en 1991 qu'il ne suffirait pas d'être élu pour acceder au pouvoir ; ils répondaient que le peuple ne se laissera pas voler la victoire et, comme le disait Shaykh Abassi Madani, « nous allons jeter la révolution au peuple qui va s'en accaparer. » Cette même maxime que répètait les leaders du FLN lorsqu'ils déclenchèrent la guerre d'indépendance en 1954. Et de toute manière, l'Algérie c'est « spécial » ! L'État islamique au printemps prochain, nous disait les leaders de la FAF (Fraternité algérienne en France, qui représentait le FIS). On connait la suite. Triste suite.

Pour les égyptiens, ce sera « spécial » aussi. Incomparable à l'exemple algérien, nous disait-on. Comment comparer le FIS, avec une direction infiltrée par la Sécurité militaire et son inexperience politique (devant toutes les erreurs tactiques commises face à la junte militaire, Hassan Tourabi qualifiait le FIS de « nain politique ».) avec ce grand mouvement des Frères musulmans ? Comment comparer un mouvement qui n'avait émergé que trois ans auparavent, suite aux révoltes populaires de 1988 avec le mouvement déjà centenaire du Shaykh marthyr Hassan Al Banna ?

Mais inlassablement, la réalité est là. Il ne suffit pas d'être élu pour acceder au pouvoir, en Égypte comme en Algérie. L'Algérie n'était pas « spécial », comme l'Égypte ne le sera pas.

Cruel retour de l'Histoire. Ceux qui ont toujours été les plus critiques sur l'« idéal démocratique », ceux qui l'a qualifieront de « démon-cratie » seront les mêmes qui lui voueront une confiance plus qu'aveugle.

Quand comprendra-t-on enfin qu'en 1991 en Algérie, c'est le vote de Paris qui a provoqué le coup d'État militaire ? Quand comprendra-t-on qu'en 2012 en Égypte, c'est le vote de Washinghton et de Tel Aviv qui encourage actuellement la montée au pouvoir des militaires ?

Il est evident que si Morsi s'était rendu à Tel Aviv pour démontrer sa bonne volonté, le FMI aurait accordé tous les prêts (à interêt) nécessaire pour renflouer l'economie égyptienne.

Il est évident que si l'Égypte avait suivi beaucoup plus rapidement l'exemple turc en ouvrant des bases militaires de l'OTAN sur son territoire, en multipliant des accords militaires avec les sionistes, en ouvrant totalement son marché intérieur aux prédateurs financiers ; si Morsi avait fait tout cela, le peuple aurait eu du pain, et Morsi serait encore Président. Avec ou contre son peuple.

Voir le Président Morsi se faire humilier de la sorte peut faire mal. Ce qui aurait fait beaucoup plus mal, cela aurait été de le voir s'humilier en se rendant à Tel Aviv pour rester Président.

Il ne faut pas s'en prendre aux manifestants anti-Morsi. Il faut juste accepter que la résistance sera longue et qu'acceder au Pouvoir quand on a aucune alternative crédible à proposer est une aberration envers son propre peuple, comme envers Dieu.

En fait, si M. Morsi et les Frères musulmans sont démis, c'est loin d'être une mauvaise nouvelle. Cela aura pu être pire. Et aujourd'hui l'avenir est ouvert, si Dieu veut.

« Or, il se peut que vous détestiez une chose alors qu’elle est un bien pour vous et il se peut que vous aimiez une chose alors que c’est un mal pour vous. Dieu [Seul] sait, alors que vous ne savez pas. » Coran 2/216

Yamin Makri

Et si ce n'était pas une mauvaise nouvelle ?
Tag(s) : #International, #Réflexions

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