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photo-copie-2.JPGNous sommes bien dans une crise considérée comme la pire depuis l’avènement de la société industrielle. Cette crise n’est en rien comparable avec les précédentes car elle préfigure la fin d’un monde.
 
 
 
Karl Marx, le Ibn Khaldoun de la société industrielle, avait déjà prédit que ce système mourra de lui-même car la production capitaliste des marchandises contient une contradiction interne, située dans ses fondements mêmes.
 
 
 
Ce système de la valorisation du Capital, de la recherche permanente du profit qui réduit tous nos rapports économiques, sociaux et culturels à des échanges de marchandises, au travail et à l’argent arrivent à ses limites.
 
 
 
Pour comprendre comment fonctionne ce système infernal, il faut définir les trois catégories principales sur lesquelles il se fonde :
 
 
 
        Le travail : C’est le travail humain salarié qui permet la création de richesse. On ne peut faire fructifier le capital qu’à travers le travail salarié.
 
 
 
        Le capital : Celui qui possède la richesse (le capitaliste) doit la faire fructifier, la valoriser à travers l’exploitation du travail salarié et la production de la marchandise.
 
 
 
        La marchandise : elle permet à celui qui la consomme de satisfaire ses besoins (valeur d’usage) mais l’objectif de la production de la marchandise, dans notre système, est d’abord la valorisation du capital, la création du profit (valeur marchande). La satisfaction des besoins des individus est secondaire dans notre économie marchande.
 
 
 
Le travailleur-salarié, pour générer un profit pour son employeur, doit être équipé des outils nécessaires lui permettant de travailler avec la meilleure rentabilité possible. Concurrence oblige, Il en résulte une course continuelle dans l’emploi de technologies toujours plus avancées qui permettent de produire plus avec moins de travail salarié (pour obtenir les coûts les plus bas).
 
 
 
La modernisation technologique des outils du travailleur salarié permettra donc de produire une marchandise toujours moins chère (que le concurrent), et donc qui aura moins de valeur (et nécessairement moins de profit).
 
 
 
Voilà donc la contradiction flagrante de ce système qui a besoin du travail-salarié pour créer de la valeur (et du profit) mais qui pour faire face à la concurrence est obligé de baisser ses prix et ses coûts de production et donc de diminuer la part du travail humain.
 
 
 
Mais en baissant le prix de sa marchandise, le capitaliste s’est accaparé les parts de marché du concurrent qu’il aura réussi à faire disparaître. Son équipement technologique plus avancé lui permettra d’augmenter sa production. Cette sur-augmentation de la quantité de marchandise produite et vendue lui permet de retrouver (en partie) sa marge bénéficiaire, tant que son activité est en expansion et qu’il arrive à conquérir de nouveaux marchés.
 
 
 
Mais nous vivons dans un monde fini, l’activité ne peut pas être indéfiniment en croissance. La mondialisation du capitalisme à permis la mondialisation du marché et de la concurrence. Ce cycle de production de la marchandise (capital-> marchandise -> valorisation -> concurrence -> perte de valeur -> surproductions-> capital (moins) valorisé-> marchandise...) a pour principe de se répéter indéfiniment dans un monde qui, lui, est fini. C’est à dire avec des richesses limitées mais aussi avec des individus dont les besoins ne sont pas infinis.
 
 
 
Les contradictions évidentes de ce système ont les conséquences suivantes :
 
 
 
·        1/ Cette course à la rentabilité détruit, à terme, toute concurrence et créé de gigantesques oligopoles dans chaque secteur d’activités qui uniformisent et distribuent mondialement leurs produits, imposant ainsi un mode de consommation et un modèle culturel uniques et globales.
 
 
 
·        2/Cela oblige à surproduire la marchandise au-delà des besoins réels. La pub, le markéting, les modes, la généralisation du gaspillage ou du crédit à la consommation et l’obsolescence programmée des produits sont les principaux moyens utilisés par le système afin de permettre l’écoulement de cette surproduction de marchandises, au-delà du nécessaire.
 
 
 
·        3/Cette surproduction et cette surconsommation épuisent les richesses naturelles et détruisent notre environnement. La raréfaction de certaines richesses (hydrocarbures, minerais, terres arables, eau) sont à l’origine des principales guerres de ces dernières décennies.
 
 
 
·        4/Cette course à la rentabilité à travers la modernisation technologique détruit le travail. Les salariés pour pouvoir préserver leur emploi supporte des conditions de plus en plus difficiles pendant que d’autres, sans-emploi, sont tout simplement les exclus de ce système.
 
 
 
Mais le système entier y perd, parce que les technologies remplacent le travail humain qui est cependant la seule source de la plus-value. Le développement de la technologie diminue donc globalement les profits.
 
 
 
Pendant un siècle et demi, ce n’est que l’augmentation de la production et l’élargissement de ce système à l’échelle mondiale (mondialisation du système capitaliste et du consumérisme) qui a pu compenser et masquer cette tendance à la diminution de la valeur de chaque marchandise (et donc des profits).
 
 
 
Aujourd’hui ce système de la production capitaliste de la marchandise est arrivée à ses limites du fait de cette double contradiction : l’une intrinsèque au système capitaliste (perte de la valeur et du profit) et l’autre liée à notre monde fini (aux ressources et aux besoins limités).
 
 
 
Depuis les années soixante-dix, ce mécanisme s’est ainsi enrayé. Les gains de productivité permis par la haute technologie ont, paradoxalement, mis en crise ce système devenu mondial. La production de marchandise n’étant plus une activité suffisamment rentable, c’est à ce moment-là que se généralisèrent le crédit et le surendettement. Il n’y a que la finance qui permette aux propriétaires de capital de faire les profits désormais impossibles à obtenir dans l’économie réelle de la production de la marchandise.
 
 
 
La montée du néolibéralisme à partir de 1980 s’est traduit par la déréglementation afin d’abolir toute limite à la libre-circulation des capitaux et mettre en place une économie de la dette. C’était la seule manière possible de prolonger encore un peu ce système que personne ne voulait sérieusement mettre en question dans ses fondements, ni à droite ni à gauche.
 
 
 
Les sociétés occidentales, à travers l’endettement des individus et des États, ont pu ainsi maintenir une illusion de prospérité. Nous arrivons aujourd’hui à la fin d’un cycle. La fin du système de l’économie de la marchandise qui n’a jamais servi à satisfaire nos besoins mais à uniquement permis le profit et la valorisation du capital.
 
 
 
Aujourd’hui ce système en panne essaie tout de même de perdurer à travers une économie du crédit et de l’endettement mais cela le fragilise davantage et rend sa fin encore plus inéluctable.
 
 
 
La marchandise et son monde consumériste, le travail et ses classes laborieuses, l’argent et ses agents financiers, l’État et son personnel politique, la concurrence et le marché avec ses experts économiques : toutes ces catégories sont au service de ce système de la valorisation du capital, ce système-monde que l’homme a créé mais qu’il ne maitrise plus et qui, aujourd’hui, le domine.
 
 
 
C’est la Bête immonde qui a pris possession de tous les aspects de la vie humaine au cours de ces derniers siècles. Elle agonise, tant mieux, mais pour quel autre monde ?
 
 
 
Yamin Makri
 
Se libérer de la bête
Tag(s) : #Réflexions

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