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pauvres-citoyens.jpgIl faut appeler un chat un chat : une nouvelle forme de guerre se propage en Europe. Une oligarchie financière prend le pas sur les gouvernements démocratiques et réduit les peuples à la servitude de la dette. Pour que cette audacieuse prise de pouvoir et d’accaparement de richesse puissent réussir, il faut une crise qui mette entre parenthèse la vie politique et démocratique.

 

La meilleure façon de comprendre la crise financière de l’Europe c’est d’observer les solutions proposées pour la résoudre. Elles dessinent un rêve de banquier que bien peu d’électeurs pourraient approuver lors d’un référendum démocratique. Mais les stratèges de la banque ont appris qu’il ne faut pas soumettre leurs plans aux aléas du vote démocratique :

 

·          Les Islandais ont refusé par referendum, par deux fois en 2010-11, d’approuver la capitulation de leur gouvernement. Celui-ci avait accepté de dédommager l’Angleterre et les Pays-Bas pour les pertes subies par des banques insuffisamment régulées qui opéraient à l’étranger.

 

·          Les grecs : Faute de référendum, les manifestations de masse ont été pour les électeurs grecs le seul moyen de faire entendre leur opposition aux 50 milliards d’euros de privatisations exigés par la Banque centrale européenne à l’automne 2011. La BCE exige qu’elle cède des biens publics, réseaux d’eau et d’assainissement, ports et autres actifs appartenant au domaine public et réduise également les retraites et les transferts publics. Le peuple grec sait que les couches les plus riches de la population sont largement responsables des problèmes budgétaires en ayant dissimulé 45 milliards d’euros dans les seules banques suisses.

 

Depuis le 19ème siècle, les réformateurs démocrates ont cherché à débarrasser l’économie des gaspillages, de la corruption et des « revenus sans cause ». Mais l’Europe choisit d’imposer une politique fiscale régressive - qui ne peut être imposée qu’à condition de transférer la responsabilité des décisions politiques à des « technocrates » non-élus.

 

Appeler « technocrates » ceux qui sont chargés de mettre en œuvre une politique tellement anti-démocratique paraît un euphémisme cynique. En fait, il s’agit de lobbyistes de la finance. Leur idéologie est identique à celle sous-tendant les programmes d’austérité que le FMI a imposés aux pays endettés du Tiers Monde, des années 1960 aux années 1980.

 

En Europe, sous l’alibi politique de crise financière, les salaires et les conditions de vie doivent être revus à la baisse et le pouvoir des élus transféré à des technocrates agissant pour le compte de grandes banques. Le secteur public va être privatisé et sera dé-syndiqué, tandis que la Sécurité Sociale, les retraites et les assurances santé seront réduites.

 

Désormais, l’activité de la finance s’est transformée en une nouvelle forme de guerre - moins sanglante, mais n’en ayant pas moins les mêmes objectifs que par exemple les invasions vikings il y a mille ans de cela, ou les conquêtes coloniales de l’Europe. Il s’agit de s’approprier les terres et les ressources naturelles, les infrastructures et tous patrimoines pouvant générer un flux de revenus.

 

Cette appropriation du surplus économique aux fins de payer les banques marque un renversement des valeurs traditionnelles de la plupart des pays Européens. L’imposition de l’austérité économique, le démantèlement des protections sociales, les cessions d’actifs publics, la baisse des salaires, des régimes de retraite et de la couverture santé, dans des pays obéissant à des règles démocratiques, exige donc de convaincre les électeurs qu’il n’existe pas d’alternative. On nous dit qu’il n’y a donc rien à faire, si ce n’est donner le contrôle à la finance pour éviter la faillite des banques.

 

Ce que veulent les banques, c’est tout simplement que le surplus économique leur soit reversé au titre des intérêts, au lieu d’être employé à améliorer le niveau de vie, ou même dirigé vers de nouveaux investissements. Car la recherche et le développement prennent trop de temps, et la finance vit dans le court terme. Cette vision court-termiste est vouée à l’échec, mais elle se présente pourtant comme scientifique.

 

Il n’y a aucune raison technique ou économique justifiant que les dirigeants de la finance en Europe imposent cela à une grande partie de sa population. Mais cela offre une opportunité majeure de gains pour les banques qui ont pris le contrôle de la BCE et de la politique économique.

 

Cette nouvelle forme de guerre qui se propage en Europe n’est donc pas uniquement économique. Elle menace de tracer une ligne de démarcation historique entre les 50 dernières années, lorsque le potentiel technologique était porteur d’espoir, et une nouvelle époque où une oligarchie financière prend le pas sur les gouvernements démocratiques et réduit les peuples à la servitude de la dette.

 

Pour que cette audacieuse prise de pouvoir et d’accaparement de richesse puissent réussir, il faut une crise qui mette entre parenthèse la vie politique et démocratique.

 (à suivre...)

(Ce texte est une version raccourcie  de l'article de Michael Hudson qui est professeur à l’université de Kansas City et membre du Levy Economics Institute.)

Par Michael Hudson, Frankfurter Allgemeine Zeitung, 6 décembre 2011

Pour un Jihad contre l'oligarchie financière
Tag(s) : #Economie

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