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Dans nos débats, la formation et l’éducation islamique ont toujours été un souci majeur. Historiquement, il est juste de penser que ce souci était en grande partie pris en charge par l’institution étatique ou par des structures religieuses plus ou moins autonomes (tariqa, institut islamique, mosquée…) par rapport au pouvoir politique.

 

Après la disparition du califat, suivie de la colonisation et de la dislocation des territoires musulmans en états nationaux, le contexte change radicalement. Les états nationaux et leurs différents relais n’arrivent plus à prendre en charge correctement l’éducation et la formation islamique de leurs cadres religieux. Les crises politiques (légitimité des pouvoirs en place, circulation des idées) et socioéconomiques (paupérisation des masses, analphabétisme) que vivent ces états-nations se rajoutent à une crise intellectuelle.

 

Ainsi, quand bien même ces besoins de formation sont pris en charge, ils se limitent à l’acquisition d’une somme de connaissances (règles de jurisprudence, apprentissage du Coran et des ahâdiths, langue arabe…) dans les différentes sciences islamiques qui sont nécessaires mais largement insuffisantes pour relever le défi civilisationnel.

 

Avec l’apparition des mouvements islamiques réformistes au début du siècle dernier, de petits cercles de formation se développeront (indépendamment des logiques étatiques et institutionnelles) dans le souci de répondre à deux défis majeurs :

répondre à un besoin de formation islamique à la base ;

 

Composé de trois à quinze membres, ces cercles (halaqât ou ousâr) se regroupent de façon hebdomadaire ou bimensuelle pour une durée de deux à trois heures par séance.

 

Un responsable gère la séance et l’oriente selon un programme défini ensemble au préalable. Il est choisi en fonction de ses compétences et de son expérience.

 

Ces assises sont généralement divisé en trois temps : un temps spirituel (dhikr, lecture du Coran,…), un exposé (sur la compréhension des Textes-Sources), un débat (souvent lié à notre vécu et/ou à l’actualité).

 

L’assise est autogérée par ses membres et se déroule généralement dans leur domicile respectif. Ce détail est important car ces cercles (halaqât ou ousâr) de base n’ont surtout pas l’ambition de devenir un Centre de formation. Ces assises sont avant tout un espace convivial et de fraternité. L’accueil de l’assise dans un lieu d’habitation et non dans un quelconque local le démontre.

 

Il faut tout de même noter que les protestants et les catholiques vivent des expériences analogues à travers les « cercles de maison » ou les « groupes bibles ».

 

Un espace efficace et adapté

 

Aujourd’hui, ces cercles de formation se développent, certes, non sans difficultés. Il est impératif qu’une réflexion soit menée pour améliorer cet espace éducatif. Le défi est majeur, car, quoiqu’on en dise, ces cercles sont et resteront un des cadres les plus efficaces pour répondre aux nouvelles demandes de formation de la communauté, mais c’est aussi le cadre le plus adapté pour conscientiser nos acteurs communautaires et sociaux de demain.

 

Une fraternité dans le respect, une meilleure connaissance et compréhension, un meilleur savoir-faire sont les principaux objectifs que visent ces cercles de formation :

 

        La fraternité : c’est le préalable à toute ambition éducative et formatrice. Les membres de l’assise dans leur attitude individuelle ou collective (lors des assises ou en dehors) doivent développer les uns envers les autres un respect, une entraide et une fraternité en Dieu. À la différence d’un cadre institutionnel quelconque, les cercles de base visent à développer un état d’esprit qui pousse à un souci de l’autre et une spiritualité qui combat les égoïsmes et l’individualisme.

 

        Une connaissance et une compréhension : les cercles ont pour objectif principal de développer une motivation à comprendre et à s’instruire :

·         d’abord, en délivrant une connaissance de base nécessaire à la pratique cultuelle,

·         puis par un savoir suffisant à la compréhension des Textes et des différents avis des savants,

·         et enfin par l’acquisition des outils nécessaires à une juste compréhension de son contexte social et politique.

 

        Une manière d’agir et un savoir-faire : les cercles, à travers les débats sur les différentes actions réalisées de façon individuelle ou collective, doivent en extraire une intelligence de l’action, une expérience et une motivation nouvelle à s’investir.

 

Aujourd’hui, on voit se multiplier en France des Instituts d’éducation islamique. Ce sont généralement des cours payants ouverts à tous. L’ouverture de ces centres sont un grand atout pour notre communauté mais il serait extrêmement dangereux de penser qu’ils vont pouvoir remplacer ces cercles de formation de base.

 

Les instituts islamiques généralement ont un objectif bien défini mais très circonscrit. Ils visent l’instruction islamique, c'est-à-dire dispenser de manière ordonnée des connaissances dans les différentes sciences religieuses.

 

Les cercles de formation de base ont un objectif plus large et visent l’éducation morale et spirituelle de ses membres, la compréhension des valeurs universelles de l’islam et la compréhension profonde des nouveaux enjeux de notre société.

 

Les cercles de formation de base ont donc un large projet. À travers l’éducation de ses membres, ils visent la transformation sociale. C’est le lieu de la formation à la compréhension globale pour une prise de conscience de notre devoir d’agir localement pour le bien et la justice.

 

 

Yamin Makri

Notre formation, aujourd’hui
Tag(s) : #Islam

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