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incoherence.pngLors des dernières élections (ou farces) présidentielles, il fallait choisir entre un islamophobe partisan du choc des civilisations et celui qui devait entériner le mariage homosexuel en France. Deux candidats et un choix impossible...

 

 

 

Beaucoup ont répondu qu'il fallait choisir le moindre mal. Certains on été jusqu'à dire que c'était d'ailleurs un principe religieux, le choix du moindre mal. Je ne savais plus s'il fallait en rire ou pleurer... Pour ceux qui n'ont pas compris « le moindre mal », c'était choisir celui qui est entrain d'instaurer le mariage pour les homosexuel(le)s contre le « petit islamophobe décomplexé ».

 

Encore une fois, on utilisait les sciences religieuses (maqasid ash-sharî’a ou autres), à des fins... politiques et conformistes petit bourgeois. Un conformiste petit bourgeois musulman, c'est celui qui prétend ne pas vouloir faire de « politique » mais simplement jouer son « rôle de citoyen » sur la base d'un principe dit « religieux » mais qui, en réalité, fait de la « politique », mais bien sur sans l'assumer. C'est le propre des conformistes frileux et soumis qui, sous prétexte de neutralité et de vision « objective » de la réalité, sont les premiers alliés de l'ordre établi.

 

Car en réalité, le principe de « choisir le moindre mal » en usûl al-fiqh (fondement de la jurisprudence islamique) est un principe qui s'applique uniquement quand on est dans l'obligation de choisir. Or, rien ne nous obligeait de choisir, rien ne nous obligeait de voter. S'abstenir, lors de cette élection, était aussi un acte politique et citoyen (et surtout devant Dieu). Certes, c’était pas très bien vu... par l’Establishment politico-médiatique. Mais cela aurait été certainement plus conforme avec notre éthique islamique.

 

Aujourd'hui, parmi les musulmans, beaucoup parmi ceux qui appellent à manifester contre le mariage homo. sont aussi ceux qui ont appelé à voter pour le président qui le légalise aujourd’hui. En termes de cohérence, on fait mieux... Mais, pourquoi pas ? Avec, par contre, deux limites sur la question de la forme et du fond :

 

1/ Sur la forme, c'est qu'on ne peut pas faire comme si la récupération politicienne n'existait pas. Les manifs contre le mariage homo sont des manifs de cathos et de droite. Les organisateurs ont certainement cette louable intention de dépasser cela, mais c’est loin d’être le cas aujourd’hui. Et si les immigrés, puis les beurs ou les musulmans ont été les jouets d'une gauche cynique et manipulatrice, ce n'est pas pour répéter l'expérience avec la droite.

 

Notre grille de lecture idéologique et des événements en France et dans le monde ne doit plus se lire à travers la confrontation intéressée droite-gauche. Les analyses doivent se faire sur la base de nos valeurs propres et rien d'autres. Certes, mais cela ne veut pas dire qu'on doit ignorer le jeu politicien et de pouvoir des uns et les manipulations électorales des autres. De l'extrême-droite à l'extrême-gauche…

 

2/ Le second point est la question de fond. En tant que musulman, il faut faire attention à ne pas se faire embarquer sur des positionnements qui ne sont pas les nôtres. Et il y en a deux. La question du mariage et celle de l'homosexualité.

 

a/ La question du mariage : Les catholiques organisateurs de ces manifs nous disent et nous répètent que, dans ce projet de loi, ce qu’ils dénoncent ce n’est pas l'homosexualité mais la remise en cause de l'institution mariage. Ce discours, pour nous musulmans, nous cause problème.

 

Tout d'abord, parce que ce discours passe souvent par cette idéalisation de « l’institution mariage » et parce qu'ils assènent au mariage une « valeur quasi sacrée », définit comme une « grande institution » fondamentale. Ce n’est pas la compréhension en Islam du mariage qui le définit très simplement comme un simple contrat entre deux personnes. Sans plus.

 

Comme tout contrat, il faut des témoins, des conditions et des termes du contrat clairement établis et évidemment le consentement vérifié des personnes engagées. Et comme tout contrat, il peut être rompu quand les termes ne sont plus respectés (par l'une des parties ou les deux). En Islam, il n'y a pas dans le mariage cet aspect pompeux et solennel qu'on trouve dans le mariage catholique ou même civil.

 

Mais évidemment en Islam, le contrat dans le mariage ou qu’il soit d’ordre spirituel (entre l'Homme et Dieu), politique (entre l'individu et le Pouvoir légal) ou commercial (acheteur-vendeur) est extrêmement important. Il faut en assumer en conscience les responsabilités et les conséquences devant Dieu (responsabilité spirituelle) et les gens (responsabilité sociale).

 

Ainsi le PACS, en termes de simple contrat qui lie des individus, sans interférence d'une institution cléricale ou laïque, serait plus proche du mariage islamique que le « mariage » civil ou catholique. Le seul problème crucial du PACS, pour les musulmans, reste la reconnaissance des enfants. Elle n'est pas implicite. Les parents doivent faire la démarche de la reconnaissance. Alors qu’en Islam, les enfants issus d'un couple « marié » sont légalement leurs enfants, de manière automatique.

 

b/ La question de l'homosexualité. Donc, pour nous musulmans, ce qui est gênant dans le texte proposé, ce n'est pas la remise en compte de l'institution mariage. Tout au contraire, on pourrait être tout autant critique et d’ailleurs, nous aussi, proposer, sur certains points, sa remise en cause.

 

Ce qui est problématique dans cette proposition de loi, selon nos valeurs islamiques, c'est d'abord la reconnaissance de la « normalité » de l'homosexualité. Pour nous, musulmans, il faut le dire clairement et sans aucun complexe : l'homosexualité est une déviance qu'on ne peut que réprouver. C'est une déviance sexuelle, si l'État veut le réduire à une tendance sexuelle, qu'il fasse ce qu'il veut. Pour un musulman en accord avec ses principes, c'est une déviance et c'est un mal.

 

Quand cela a été dit, il faut rappeler deux points, qui définit notre manière de comprendre la question de l'homosexualité dans le cadre de l'éthique islamique :

 

·         1/ L'Islam fait bien la différence entre le mal et celui qui le pratique.

 

Respecter l'éthique islamique, c'est notre droit et notre devoir. Et respecter l’éthique islamique, c’est aussi dénoncer comme un mal ce que nos Textes décrivent comme un mal. Et nous le ferons, quelles que soient les positions des uns et des autres car cela fait partie de notre identité religieuse, qu’aucune loi votée ne peut nous retirer.

 

Mais respecter l'éthique islamique, c'est aussi respecter « celui qui fait le mal ». Car en Islam, faire un mal ne nous dépossède pas de nos droits humains et du devoir pour tous de respecter l'autre, quel qui soit (tout en réprouvant son mal). Et il faut être conscient, que finalement, Seul Dieu juge. Seul Dieu connait les cœurs et les circonstances des un(e)s et des autres. Réprouver un mal, ce n’est absolument pas juger l’être qui le pratique.

 

·         2/ Ensuite, il ne faut surtout pas comprendre l'homosexualité comme la culture occidentale voudrait qu'on la comprenne.

 

La culture occidentale a une culture profondément discriminante et homophobe. Le massacre des homosexuels par les nazis durant la seconde guerre mondiale est une spécificité historique occidentale. Dénoncer l’homosexualité est une chose, avoir une attitude injuste et discriminante envers ceux qui la pratique en est une autre. Dans les civilisations musulmanes, il n’y a jamais eu cette théorisation politique qui s’est traduit par des actions violentes et de masse orientées contre les homosexuels, et bien heureusement.

 

D’ailleurs, l'acte sexuel hétéro en dehors du cadre légal est beaucoup plus grave selon l'éthique islamique que l'acte homosexuel. La société se plait à pointer régulièrement du doigt l'homosexuel(le), pourtant pour Dieu, c’est l’hétérosexuel qui, multipliant ses partenaires (sans établir de contrat… de mariage), est dangereux. Car la question de la filiation est centrale en Islam, et c’est surtout cette question qui nous oblige à mettre un cadre social reconnu (mariage, PACS ou autres) dans l'accomplissement de l’acte sexuel.

 

Ainsi, pour l'Islam, ce qui est important ce n'est pas de défendre une certaine « moralité bourgeoise » et hypocrite mais c'est d'abord de permettre une harmonie et des liens sociaux apaisés avec des liens filiaux reconnus et préservés. Et, aujourd’hui, celui qui pourrait remettre cela en cause, c'est surtout l'hétéro qui se complait dans une vie sexuelle débridée avec un ordre social qui ne fait que l’encourager.

 

Ne nous trompons pas de combat, ni d’ennemi…

 

Yamin Makri

 

Mariage, Homosexualité et ordre social
Tag(s) : #Réflexions

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