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Le défi : s’adapter ou résister ?
 
 
Dès les années 80, nous avions mis en place des outils associatifs qui prônaient et revendiquaient la compatibilité de notre citoyenneté et de notre islamité. Les associations se sont ensuite structurer en Union, fédération ou collectifs nationaux. La seule ambition était alors justificative : nous voulions affirmer corps et âme qu’il était possible d’être à la fois français (ou européen) et musulman. Certes il existait des nuances au sein des différentes structures musulmanes dans la manière de comprendre notre présence mais elles passaient au second plan. Le discours d’alors était rassembleur.
 
Trois décennies plus tard, l’évolution et les événements ont tracé des sillons très distincts chez les différents acteurs musulmans. La représentation du culte musulman, la question palestinienne, la loi anti-foulard et aujourd’hui le ras-le-bol des banlieues ont souvent conduit les organisations musulmanes à des réactions généralement très différentes, voire radicalement opposées.
 
En fait, après avoir dépassé la question de l’intégration possible de l’islam et des musulmans, les différents acteurs se penchaient sur une autre question : « Comment être musulman ici et comment agir en tant que tel sur notre société ? »
 
C’est sur cette problématique que les désaccords apparaissent et qu’émergent les différentes approches de la citoyenneté et de l’être musulman. Les réactions « musulmanes » face à la révolte des banlieues nous l’ont une fois de plus démontré : alors que certaines organisations et/ou personnalités musulmanes condamnaient ces émeutes de façon unilatérale, d’autres exprimaient la totale légitimité de cette révolte face au malaise social et aux multiples discriminations vécues dans ces quartiers populaires.
 
Ces différentes manières d’analyser et de réagir se retrouvent à l’intérieur de la communauté musulmane quand on traite de la question palestinienne, de la représentation du culte islamique, de la mondialisation, de l’écologie, de la loi sur l’interdiction du foulard dans les écoles publiques, etc.
 
Certains considèrent que la priorité est la protection et l’organisation de la communauté (qui se confond parfois avec l’organisation musulmane qui tente de la représenter) et pour cela, il faut savoir reconnaitre notre situation d’extrême faiblesse et accepter le « moindre mal ». C’est la logique de l’adaptation au système dominant. Cette logique prédomine aujourd’hui dans pratiquement toutes les organisations musulmanes nationales.
 
D’autres pensent que rien ne nous autorise à trahir les valeurs de justice qui fondent notre spiritualité. L’organisation et la représentation de la communauté ne doivent pas être le prétexte pour nous faire oublier nos droits ici et notre solidarité avec la résistance de tous les peuples du Sud et du peuple palestinien en particulier. C’est la logique de la résistance, du refus du système dominant, du désir d’une réforme radicale et globale. Cette vision reste majoritaire dans la communauté (et dans la société plus généralement) et au sein des associations locales.
 
Face à de telles divergences, les besoins de compréhension et de dialogue sont urgents. Pour cela, il faudra certainement créer de nouveaux espaces de débats et de réflexions au sein de nos institutions communautaires mais aussi, avec nos concitoyens, dans la société civile. Il faudra aussi savoir faire évoluer notre manière d’agir afin de répondre aux interrogations d’aujourd’hui qui ne sont plus les revendications d’hier.
 
 
Islam et Engagement (5/5) : Trois décennies après…
Tag(s) : #Réflexions, #Islam

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