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L’attentat contre Charlie-Hebdo : Une stratégie de la tension ?

Est-il possible qu’un Etat soit l’instigateur de ce type d’attentat ? Ou est-il possible qu’il laisse délibérément des groupes (ou des services) étrangers mener une telle attaque ? Tout cela dans le seul but de provoquer un choc au sein de la population française et créer ainsi les conditions psycho-politiques pour faire « avaler » de nouvelles lois liberticides, imposer des politiques sociales restrictives et impopulaires, et finalement pour justifier de nouvelles agressions impérialistes pour s’accaparer les matières premières qui nous manquent cruellement dans notre économie en crise ? 

 

Se poser la question peut paraître choquante mais elle est légitime quand nous voyons le nombre d’individus et de dirigeants associatifs musulmans qui sont partis « à reculons » manifester avec le cœur lourd, tout en n’étant pas réellement convaincu. Conscients de la manipulation mais obligés de manifester avec « eux ». Comme si ce n’était plus leurs jambes qui marchaient, comme s’ils ne pouvaient plus décider de rien.

Quand les seuls arguments irrationnelles est du type « on ne pouvait pas ne pas y être », « on ne peut pas faire autrement », c’est l’aveu que le « Non ! » n’est même plus imaginable, plus concevable. C’est l’aveu de celui qui se sent totalement dépasser, de celui qui ne contrôle plus. Nous ne sommes alors que les objets de leurs politiques et de leurs basses manœuvres. Et nous nous soumettons, donc nous marchons. Comme tout le monde…

Si nous émettons la possibilité que ces attentats ne puissent être qu’une vaste manipulation, c’est qu’il existe des précédents historiques connus et reconnus.

Durant la Guerre froide et dès la fin de la seconde guerre mondiale, la CIA et le MI6 ont utilisé le terrorisme contre leurs propres populations civiles pour les protéger, à l’époque de la « contamination communiste ». Durant ces années, la hantise était que certains pays de l’Europe de l’Ouest tombent sous le giron soviétique.

L’objectif était de tenir sous contrôle les populations et les gouvernements de l’Europe de l’ouest à travers un réseau de groupes terroristes armés sous le commandement direct de l’OTAN. C’est le réseau Gladio (glaive en italien). Particulièrement actif en Italie mais aussi en France (avec des anciens de l’OAS), il discréditait les partis et groupes armées d’extrême-gauche ainsi que les mouvements anticolonialistes en organisant des attentats meurtriers qu’il leur attribuait.

C’est ce que les idéologues de l’OTAN ont appelé la « stratégie de la tension ». C’est cette même stratégie qui est encore à l’œuvre, et ce, bien avant le 11 septembre. La seule différence c’est qu’aujourd’hui ce ne sont plus les mouvements communistes, d’extrême gauche ou indépendantistes qu’il s’agit de neutraliser mais l’Islam et les mouvements politiques s’en réclamant.

Daniele Ganser est un historien suisse, professeur d’histoire contemporaine à l'université de Bâle. Il a publié un livre – traduit en neuf langues – consacré aux cellules secrètes de l’OTAN, le réseau Gladio (appelé aussi le réseau stay-behind). Son étude s'appuie notamment sur les rapports parlementaires belge et italien consacrés à ces groupes terroristes illégaux sous commandement de l’OTAN. (Les armées secrètes de l’OTAN : Réseaux Stay-Behind, Gladio et terrorisme en Europe de l’Ouest, Editions Demi-Lune, 2007)

Il détaille comment dans divers pays de l'Europe de l’Ouest, et jusque dans les années 1980, ces cellules clandestines destinées à organiser la résistance en cas d'invasion soviétique sont devenus les instigateurs de certains attentats dans une tentative politique de discréditer aux yeux des électeurs et des populations les partis de gauche et les mouvements anticoloniales.

La stratégie de la tension trouverait un prolongement aujourd’hui dans le terrorisme islamiste, présenté comme une menace à même de justifier des guerres pour le pétrole. Cette stratégie de la tension vise à toucher le côté émotionnel des gens. L’objectif ultime n’est pas de tuer ou de blesser des personnes lors d’un attentat terroriste, comme le pensent la plupart des gens. Les cibles sont à la fois l’opposant politique, qu’il faut discréditer par cet attentat, et la population qui doivent vivre la peur. Voici quelques exemples historiques de stratégie de la tension ayant utilisé le terrorisme dans leur propre pays, à travers un extrait de son ouvrage paru sur le site d’Agoravox, le 16 mai 2014 : :

Italie

Au jour d’aujourd’hui, les informations les plus pertinentes sur la stratégie de la tension sont sans aucun doute celles provenant d’Italie, où des juges, des parlementaires et des universitaires continuent de mettre en commun leurs efforts pour essayer de comprendre et de détailler cette stratégie secrète.

– L’attentat terroriste de Peteano : Le juge italien Felice Casson a redécouvert cette stratégie lors de son enquête sur plusieurs attaques terroristes survenues en Italie dans les années 1960, 1970 et 1980. D’après Casson, l’affaire la mieux documentée dans laquelle la stratégie de la tension a été utilisée s’est produite dans le village italien de Peteano. C’est là que le 31 mai 1972, trois membres de la police paramilitaire italienne, les Carabinieri, ont été attirés vers une Fiat 500 abandonnée par un appel anonyme et ont été tués lorsqu’ils ont ouvert le coffre du véhicule en déclenchant la bombe qui s’y trouvait.

Pendant des années, cet attentat terroriste a été mis sur le compte des Brigades rouges, une organisation terroriste d’extrême gauche en Italie. Mais lorsque le juge Casson a rouvert cette affaire, il a découvert que c’était en réalité le néofasciste catholique Vincenzo Vinciguerra, un militant anticommuniste, qui avait commis ce crime. Casson a également découvert, à sa grande surprise, que Vinciguerra n’avait pas opéré seul, mais qu’il avait été protégé par des membres des services secrets militaires italiens.

Le juge Casson a procédé à l’arrestation de Vinciguerra, lequel a confirmé lors de son procès en 1984 qu’il avait été relativement aisé pour lui d’échapper à la justice et de se cacher, étant donné qu’une large portion de l’appareil sécuritaire italien partageait ses convictions anticommunistes, et avait par conséquent soutenu en silence ces crimes afin de discréditer la gauche italienne et tout particulièrement le Parti communiste (PCI), lequel était relativement fort à l’époque. (…) « En ce qui concerne les services de renseignement, l’attentat de Peteano fait partie de ce qui a été surnommé la stratégie de la tension,  » a expliqué le Juge Casson à la BBC lors d’une interview en 1991.

(…)

– Le 12 décembre de cette année-là, quatre bombes explosaient sur les places publiques à Rome et Milan, tuant 16 civils innocents et en blessant 80 autres ; la plupart des victimes sont tombées à Milan, Piazza Fontana. Après le massacre, comme le veulent les règles de la stratégie de la tension, les services secrets militaires italiens, le SID, a posé des bombes dans la villa de l’éditeur gauchiste bien connu, Giangiacomo Feltrinelli, de façon à pouvoir accuser de terrorisme les communistes et d’autres membres de l’extrême gauche. Ce n’est que des années plus tard qu’on a appris que Feltrinelli n’avait absolument rien à voir avec ce crime et qu’en réalité, l’extrême droite italienne avait perpétré ces atrocités dans le but de promouvoir la stratégie de la tension.

– Le 28 mai, une bombe explosait lors d’une manifestation anti-fasciste à Brescia, tuant 8 personnes et en blessant 102 autres. Pour couvrir les traces des poseurs de bombe d’extrême droite, la place avait été nettoyée au jet d’eau plusieurs heures avant que les magistrats enquêteurs ne puissent se rendre sur la scène de crime pour protéger les preuves. Une commission du Sénat italien a plus tard fait observer que « les enquêtes menées immédiatement après le massacre étaient caractérisées par un tel nombre d’erreurs incroyables que cela laissait sans voix. »

– Puis, le 4 août, une bombe explosait dans le train reliant Rome à Berlin, tuant 12 civils innocents et en blessant 48 autres.

– Mais l’attaque la plus meurtrière eut lieu en 1980, une explosion massive à la gare de Bologne, tuant 85 personnes lors de la déflagration et faisant 200 blessés.

(…) « Il fallait s’en prendre aux civils, au peuple, aux femmes, aux enfants, aux anonymes sans lien avec un quelconque jeu politique,  » a déclaré le néofasciste Vincenzo Vinciguerra après son arrestation, lorsqu’il détailla la stratégie de la tension à laquelle il avait lui-même participé. « La raison en est très simple, a-t-il ajouté, [ces actions] étaient censées forcer les gens, le peuple italien, à se tourner vers l’État pour demander plus de sécurité. C’était la logique politique derrière tous ces massacres et les attentats à la bombe qui restèrent impunis, du fait que l’État ne peut pas s’accuser lui-même, ou se déclarer lui-même responsable pour ce qui s’est passé. »

(…)

Certains officiers de la CIA se sont montrés plus bavards sur les stratégies secrètes durant la Guerre froide et sur les opérations illicites de la CIA. L’un d’eux s’appelle Thomas Polgar, retraité en 1981 après une carrière de 30 ans à la CIA. Questionné sur les armées secrètes de Gladio en Europe, Polgar confirma que les armées secrètes Stay-Behind étaient coordonnées « par une sorte de groupe de planification de guerre non conventionnelle lié à l’OTAN. » Polgar insista sur le fait que « tous les services secrets nationaux avaient été impliqués à un degré ou à un autre. »(…) (Jonathan Kwitny, “The CIA’s Secret Armies in Europe,” Nation, 6 avril 1992 : p. 445)

(…)

En France

Mitterrand tenta de se distancier de l’affaire des armées secrètes en France, affirmant qu’elles avaient été dissoutes depuis longtemps. Il a notamment déclaré : « Lorsque je suis arrivé, il n’y avait plus grand-chose à dissoudre. Juste quelques vestiges, dont j’ai appris l’existence avec étonnement, car tout le monde avait oublié de m’en parler. »

Mais le premier ministre italien Andreotti ne parut pas apprécier particulièrement la manière dont la Grande Nation essayait de minimiser son rôle. Il déclara sans ambages à la presse que l’armée secrète en France, loin d’avoir été dissoute depuis longtemps, avait récemment – le 24 octobre 1990 – envoyé des représentants à une réunion secrète au comité d’Allied Clandestine Committee (ACC) de l’OTAN sur Stay-Behind à Bruxelles. Lorsque ces allégations furent confirmées, cela créa un embarras certain à Paris. Mitterrand se refusa alors à tout commentaire.

Un officier de la CIA à la retraite, Edward Barnes, qui avait travaillé en France durant la 4e république avant de quitter le pays en 1956, voulut apporter plus de précisions. Barnes expliqua qu’alors que la menace d’un parti communiste fort persistait en France, les services secrets militaires, sous la direction d’Henri Alexis Ribière, mit sur pied une armée secrète anticommuniste. (…)

Actions terroristes en Algérie

Au début des années 1960, une grande partie de l’armée française et des services secrets commencèrent à désapprouver fortement l’intention du président Charles de Gaulle de permettre à l’Algérie, une ancienne colonie, de devenir indépendante. L’armée secrète, percevant De Gaulle comme un ennemi, s’engagea d’évidence dans des opérations de stratégie de la tension contre ce projet. Certaines "actions terroristes" contre De Gaulle et son plan de paix pour l’Algérie furent menées par des groupes qui incluaient "un nombre limité d’individus" du réseau Stay-Behind français, comme l’admit en 1990 l’amiral Pierre Lacoste, ex-directeur des services de renseignements français. Lacoste, qui a démissionné en 1985 après que la DGSE eut fait exploser le Rainbow Warrior, le navire de Greenpeace alors que celui-ci protestait contre les essais nucléaires dans le Pacifique, a déclaré que malgré ses liens avec le terrorisme, le programme Stay-Behind en France était justifié par les éventuels plans d’invasion soviétique. [Kwitny, The CIA’s Secret Armies in Europe, pp. 446, 447.]

Un des promoteurs des techniques de terreur de la stratégie de la tension était Yves Guerin-Serac, un militant catholique anticommuniste. C’était un spécialiste de la guerre de l’ombre, il avait servi en Corée, au Vietnam et pendant la guerre d’Algérie. L’écrivain et spécialiste des services secrets français, Roger Faligot, appelait cette unité « le fer de lance de la guerre clandestine en Algérie entre 1954 et 1962. »[Roger Faligot et Pascal Krop, La Piscine : Les Services Secrets Français 1944–1984, Seuil, 1985, p. 165.]

En 1954, environ 300 hommes appartenant à cette unité spéciale avaient débarqué en Algérie. La plupart avaient une grande expérience des opérations secrètes et de la guérilla, puisqu’ils arrivaient directement du Vietnam. La mission de Serac et de ses collègues était parfaitement claire : abattre le FLN en Afrique du Nord par tous les moyens. Ces efforts incluaient l’appel à des opérations de stratégie de la tension visant à discréditer le mouvement de libération algérien.

Après la défaite de la France et la déclaration d’indépendance de l’Algérie en 1962, la guerre secrète ne prit pas fin pour Guerin-Serac, qui tout comme un certain nombre d’autres officiers, se sentaient trahis par le gouvernement français et décidèrent de continuer leur guerre secrète.

Serac savait exactement comment mener des opérations de stratégie de la tension pour discréditer les communistes et les membres des mouvements de libération tout autour du globe. Dans un texte de novembre 1969, « Notre activité politique », Serac et d’autres officiers soulignèrent le fait qu’ils avaient dû infiltrer l’ennemi, et perpétrer des atrocités en son nom. Ils écrivaient :

« La première phase de notre activité politique consiste à créer le chaos dans toutes les structures du régime… La destruction de l’État démocratique doit s’opérer autant que possible sous couvert d’activités communistes et prochinoises… De plus, nous avons des gens infiltrés dans ces groupes et évidemment, nous devons adapter nos actions à l’esprit de ce milieu – par la propagande et des actions d’un genre qui semble émaner de nos adversaires communistes… Cela créera un sentiment d’hostilité envers ceux qui menacent la sécurité dans chacun de ces pays, et nous devons en même temps nous dresser comme les défenseurs des citoyens contre la désintégration qu’apportent le terrorisme et la subversion. »

Le juge italien Guido Salvini, qui a enquêté sur la stratégie de la tension, a montré que Serac avait effectivement mené à bien ses plans de stratégie de la tension. Il écrivit :

« En 1975, le groupe Guerin-Serac, avec l’Américain Salby et des militants d’extrême droite français, italiens et espagnols, organisèrent une série d’attentats à la bombe… Les bombes visaient les ambassades algériennes dans différents pays, la France, l’Allemagne, l’Italie et la Grande-Bretagne… En réalité, ces attentats étaient l’oeuvre du groupe de Guerin-Serac, qui montrait par là ses grandes facultés de camouflage et d’infiltration… La bombe posée devant l’ambassade algérienne à Frankfort n’explosa pas, et fut méticuleusement analysée par la police allemande… Il faut noter la particulière complexité de fabrication de cette bombe. Elle contenait du C4, un explosif utilisé exclusivement par les forces US qui n’a jamais été utilisé. » [Commission d’enquête parlementaire sur le terrorisme en Italie et sur les causes de l’échec dans l’arrestation des responsables des tragédies. 9e session, 12 février 1997 (www.senato.it/parlam/bicam/terror/stenografici/steno9.htm).]

Ces révélations sur Guerin-Serac ainsi que leurs propres affirmations fournissent des preuves évidentes que les armées secrètes en Europe de l’Ouest ont utilisé le terrorisme et tué des civils innocents pour mener à bien leurs objectifs politiques. Ces armées secrètes, comme nous l’avons vu, opéraient sous la supervision de la CIA et de l’OTAN, c’est-à-dire sous le contrôle d’agents militaire et de renseignement américain.

 

L’article dans son intégralité : http://www.agoravox.fr/actualites/international/article/daniele-ganser-les-historiens-le-151983

Tag(s) : #Islam

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