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À travers les multiples débats que nous relaient les médias ou suite à des réalités sociales et affectives dans notre vie familiale ou professionnelle, la question du rapport hommes-femmes revient en permanence. On la traite souvent sous l’angle des rapports de pouvoir (dominations symbolique, politique ou économique) ou alors à travers les questions liées à l’affect ou à la sexualité.

Dans nos sociétés pétries des valeurs de la modernité, de manière consciente ou non, on aborde généralement cette question de manière très idéologique et on opposera une tradition passéiste où les rapports seraient inégalitaires à une modernité qui rétablirait enfin des rapports plus justes. Quand on parle de « traditions », souvent on vise la religion (et aujourd’hui surtout l’islam). On véhicule alors cette idée qu’un rapport hommes-femme qui donnerait des droits à chacun ne serait possible que dans la rupture avec ses références religieuses.

S’il est indéniable que, durant des siècles en Europe, l’ordre clérical moyenâgeux a établi des rapports hommes-femmes injustes et s’il est évident que bon nombre de traditions ne sont pas des exemples non plus, cela ne signifie pas que notre société moderne (où l’ordre consumériste et l’aliénation au travail priment) soit un réellement une avancée sur le sujet. On peut se poser légitimement cette question quand on sait que, souvent, les femmes font bizarrement partie de ces « minorités » (les non-blancs, immigrés, etc.) habituellement exclues dans la gestion de l’économique ou du politique (malgré la parité) et qu’elles sont parfois réduites à des objets de consommation dans certaines industries (du sexe, mais pas seulement) ou dans les images que l’on diffuse en permanence (publicité).

Il nous faut revenir aux fondamentaux de la référence islamique : le Noble Coran. C’est le passage obligé afin de comprendre à la base comment Dieu, le Très-Haut, a conçu la création et comment Il a établi ce rapport hommes-femmes, notamment à travers des évènements ayant trait à la vie du Prophète Muhammad (psl) mais aussi à travers ces autres femmes et hommes illustres (paix et bénédiction sur eux tous) qui ont fait partie de cette lignée prophétique ou qui sont cités dans le Livre révélé.

1. Hommes-femmes : une origine commune

Tout d’abord, le Créateur revient sur le fondamental : nous avons une origine commune. Dieu, dans Sa sagesse, a créé l’humain par couple. Si le Très-Haut est Un car Il Se suffit à lui-même, l’être humain ne peut vivre que dans la dépendance de l’autre, mais tous deux sont créés de terre :

« Dieu vous a créés de terre, puis de sperme, pour faire de vous ensuite des couples... » [Le Créateur, Fâtir, 35/11]

Et dans ce couple, il y a le mâle et la femelle, l’homme et la femme. Cela fait partie de la création « harmonieuse » et du miracle permanent de la création comme il est dit dans ce verset :

« Puis [Allah] l’a créé et formé harmonieusement ; puis Il en a fait alors les deux éléments de couple : le mâle et la femelle. Celui-là [Allah] n’est-Il pas Capable de faire revivre les morts ? » [La Résurrection, Al-Qiyâma, 75/38-40]

Mais cela n’est évidemment pas une spécificité humaine, l’ordre animal est aussi organisé par couple et c’est ce qui permet à la création, par l’ordre de Dieu, de se perpétuer. Le Créateur crée en permanence par ce biais comme Il fera revivre le Jour de la Résurrection. La création est dans la dualité et le Créateur est Un, rien donc ne Lui est semblable :

« Créateur des cieux et de la terre. Il vous a donné des épouses [issues] de vous-mêmes et des bestiaux par couples ; par ce moyen Il vous multiplie. Il n’y a rien qui Lui ressemble, et c’est Lui l’Audient, le Clairvoyant. » [La Délibération, Ash-Shûrâ, 42/11]

2. Quand l’Un crée le deux : une norme divine, un signe parmi Ses signes

C’est donc la spécificité du créé d’exister par deux et c’est la spécificité du Créateur, le Très-Haut, d’être Un et cela devrait nous amener à réfléchir. Dieu a créé la dualité dans ce monde pour maintenir l’harmonie et l’équilibre. Et le cheminement spirituel est justement de dépasser cette caractéristique du créé pour rencontrer ensemble Celui qui est Un :

« De toute chose Nous avons créé un couple. Peut-être serez-vous amenés à y réfléchir. » [Les Ouragans, Adh-Dhâriyât, 51/49]

L’humanité et toute la création vivent donc sous cette règle de la dualité même si nous ne percevons pas toute l’étendue de cette loi :

« Gloire à Celui qui a créé toutes sortes de couples de ce que fait pousser la terre, de ce que les hommes eux-mêmes engendrent et de tant d’autres choses dont ils ignorent la nature ! » [Yâ-Sîn, 36/36]

Le physicien britannique Paul Dirac (prix Nobel de physique en 1933) a démontré que même la matière est créée par paire. Cette découverte, appelée « parité », révèle la dualité de la matière avec son opposé, l’antimatière. On peut aussi trouver dans l’ordre végétal un autre exemple de cette dualité. Les botanistes de l’ère moderne ont ainsi découvert qu’il y existerait deux genres distincts, le mâle et la femelle. Quelques siècles  auparavant, le Coran nous le révèle déjà :

« ...Et Nous y avons fait pousser toutes sortes de magnifiques couples de [végétaux], à titre d’appel à la clairvoyance et un rappel pour tout serviteur repentant. » [Qâf, 50/7-8]

Cette dualité de l’existence se retrouve aussi dans les phénomènes physiques (alternance jour/nuit). Et la caractéristique fondamentale et générale de cette dualité sont l’harmonie, l’équilibre et la dépendance de l’un par rapport à l’autre. Si, en apparence, un élément de cette dualité pourrait s’opposer à l’autre du fait de sa différence, en réalité, il n’en est rien, car  l’un complète l’autre, l’un couvre l’autre, l’un est la continuité de l’autre, l’un nourrit l’autre, l’un existe par l’autre :

« C’est Lui qui a établi deux éléments de couple dans chaque espèce de fruits, et qui fait que la nuit couvre le jour. N’y a-t-il pas là des signes pour des gens qui réfléchissent ? » [Le Tonnerre, Ar-Ra‘d, 13/3]

Et, d’ailleurs, même la compréhension des choses, de leur concept se fait dans la dualité. Comment comprendre l’obscurité sans connaître la clarté ? Ainsi le rapport duel masculin/fémin permet aussi à l’être humain de se connaître et de se reconnaître. Dieu, dans le Coran, jure par ce miracle de la vie :

« Par la nuit quand elle étend son obscurité, par le jour quand il répand sa clarté et par ce qu’Il a créé comme mâle et comme femelle... » [La Nuit, Al-Layl, 92/1-3]

Dans ce verset, Dieu associe donc la dualité hommes-femmes avec la dualité jour/nuit. Sans le repos et le sommeil de la nuit, il n’y aurait pas les multiples affaires du jour. Sans la sécurité apaisante de la nuit, il n’y aurait pas toutes les agitations de la journée. L’un n’est pas seulement complémentaire à l’autre, il ne peut même pas se concevoir sans l’autre :

« Nous vous avons créés en couples, et désigné votre sommeil pour votre repos, et fait de la nuit un vêtement, et assigné le jour pour les affaires de la vie... » [La Grande Nouvelle, An-Naba’, 78/8-11]

Dieu utilise le mot « vêtement » pour exprimer cette nuit qui vient envelopper le jour. Ce même mot est de nouveau utilisé dans un autre verset (« …Vos épouses, qui sont un vêtement pour vous autant que vous l’êtes pour elles… » [La Vache, Al-Baqara, 2/187]) pour exprimer notre rapport à notre conjoint avec toujours cette idée de complémentarité, avec cette expression duelle d’une seule et même réalité : des êtres créés qui vivent dans l’harmonie et sous la dépendance l’un de l’autre.

La vie elle-même appartient à ce rapport duel puisque cette vie s’oppose (et se poursuit après) à la mort. Le cycle vie/mort comme la dualité hommes/femmes font donc partie de la norme divine. Il n’y a que Lui qui peut être « au-delà » :

« Et c’est Lui qui fait mourir et qui ramène à la vie, et que c’est Lui qui a créé les deux éléments de couple, le mâle et la femelle. » [L’Étoile, An-Najm, 53/44-45]

3. Hommes-femmes : une égalité dans la sanction et la récompense divines

La dualité hommes-femmes fait donc partie des signes de Dieu qui viennent nous rappeler qu’il n’y a que Lui qui est Unique et Lui Seul qui Se suffit à Lui-même. Il n’a nullement besoin d’un autre pour se compléter. On peut maintenant se poser cette question : cette dualité hommes-femmes implique-t-elle aussi une différence d’appréciation selon les critères divins ? La réponse, dans ce verset, est sans équivoque :

« ...Je ne ferai jamais perdre à aucun d’entre vous, homme ou femme, le bénéfice de ses œuvres. N’êtes-vous pas issus les uns des autres ?... » [La Famille d’Imran, Âl ‘Imrân, 3/195]

D’ailleurs, comment peut-on dire que le jour serait plus utile, plus important ou supérieur à la nuit ? Cela n’a pas de sens. Il n’y a pas d’échelle de valeur à apposer, pas de discrimination à opérer dans le jugement entre les deux éléments d’une même dualité. Ce sont deux réalités qui font ensemble l’harmonie et l’équilibre. Il en est de même du rapport hommes-femmes. Et Dieu nous le précise : comment deux créations qui sont issues les unes des autres pourraient-elles être discriminées ?

Dans le verset ci-dessous, cela est clairement établi. C’est l’égalité totale dans la récompense divine. Les mots « musulmans », « croyants », « pieux », « sincères », « chastes », « évocateurs » sont déclinés au masculin et au féminin pour nous rappeler que la différence assumée n’implique nullement la discrimination. Mais c’est aussi pour nous dire que l’essentiel, pour Dieu, n’est pas dans la masculinité ou la féminité, elle est dans la bienfaisance, la croyance, le rappel, la conscience intime, la sincérité et la chasteté :

« Les musulmans et les musulmanes, les croyants et les croyantes, les hommes pieux et les femmes pieuses, les hommes sincères et les femmes sincères, les hommes patients et les femmes patientes, ceux et celles qui craignent Dieu, ceux et celles qui pratiquent la charité, ceux et celles qui observent le jeûne, ceux et celles qui sont chastes, ceux et celles qui invoquent souvent le Nom du Seigneur, à tous et à toutes Dieu a réservé Son pardon et une magnifique récompense. » [Les Coalisés, Al-Ahzâb, 33/35]

Ainsi le statut d’homme ou de femme ne nous donne aucun privilège dans la récompense divine. De même, être homme ou être femme n’est pas non plus un facteur aggravant dans la punition divine. Enfin pour tous les deux – hommes ou femmes –, les portes du pardon, du retour vers Dieu et de Sa grande miséricorde sont également ouvertes :

« ...Il use ainsi de Sa grâce en vue d’admettre, pour l’éternité, les croyants et les croyantes dans des Jardins baignés d’eaux vives, après les avoir absous de leurs péchés. Et ce sera, pour eux, un immense bonheur auprès du Seigneur ! Et Il en use également pour punir les hypocrites, hommes et femmes, ainsi que les idolâtres, hommes et femmes, qui prêtent de mauvaises intentions à Dieu... » [La Victoire, Al-Fath, 48/4-7]

Pour Dieu, les hommes ou les femmes se distinguent par leur acte de foi et par leurs actions, et jamais par leur identité sexuelle. Ils s’élèvent et se différencient dans leur action de bien comme ils peuvent s’assembler et se ressembler dans la malfaisance :

« Les hypocrites, qu’ils soient hommes ou femmes, sont tous du même acabit. Ils incitent à la pratique du mal, déconseillent la pratique du bien et ferment leurs mains pour ne rien donner... » [Le Repentir, At-Tawba, 9/67]

Le seul discriminant valable est donc bien la piété et la conscience intime de Dieu, quel que soit notre statut homme/femme, riche/pauvre, etc. Et même le fait d’être un(e) conjoint(e) d’une personne aimée de Dieu ne nous donne aucun privilège. Dieu ne regarde pas notre statut de mari d’untel ou de femme d’untel… peu importe ! C’est uniquement notre propre personne qui rendra des comptes.

Quand Dieu parle ainsi des femmes de Lût et de Nuh, il avertit les négateurs que leur conjoint(e) ne leur sera d’aucun secours dans l’au-delà :

« Dieu propose comme exemple aux infidèles la femme de Noé et celle de Loth. Toutes deux étaient unies à deux vertueux d’entre Nos serviteurs et elles les trahirent. Mais le fait d’avoir été leurs épouses ne les sauvera point du châtiment du Seigneur, lorsqu’elles s’entendront dire : Entrez dans l’Enfer avec les autres damnés ! »  [L’Interdiction, At-Tahrîm, 66/10-12]

Et quand Dieu parle de Maryam et de la femme de Pharaon, il rassure les croyant(e)s pour leur dire qu’ils (ou elles) ne seront pas redevables du mal de leur conjoint(e) et que le rapport à Dieu est bien au-dessus du rapport marital quand il existe :

Mais aux fidèles Dieu donne l’exemple de la femme de Pharaon lorsqu’elle dit : « Seigneur ! Réserve-moi, auprès de Toi, une demeure au Paradis ! Protège-moi de Pharaon et de ses manœuvres et délivre-moi des êtres iniques ! Et Il leur propose aussi l’exemple de Marie, fille d’Imrân, qui sut préserver sa chasteté et en qui Nous avons insufflé une parcelle de Notre Esprit. Elle avait cru aux paroles de son Seigneur et à Ses Écritures. Elle fut du nombre des vertueuses. » [L’Interdiction, At-Tahrîm, 66/11-12]

4. Hommes-femmes : une différence et une miséricorde

Pour Dieu et pour ceux qui adhèrent à Son Message, cette dualité hommes-femmes est donc d’abord un signe divin et n’implique aucune différence de statut. Mais cela ne retire pas l’évidence de la différence sexuée de l’homme et de la femme.

Cette différence biologique est parfois l’argument pour justifier la discrimination. Dans le discours ambiant, il y a cette idée que la différence est forcément source d’inégalité. Cela a été l’argument couramment utilisé pour condamner l’apparition de tous « signes » religieux dans l’espace public. Mais cet argument est tout autant utilisé pour la différence sexuelle. Il n’y aurait d’égalité que dans l’homogénéité. Et tous ceux qui voudraient faire apparaître leurs différences religieuses ou sexuelles, s’apparenteraient à des obscurantistes, seraient contre la paix sociale ou militeraient contre les droits des femmes...

Et si le voile déclenche des réactions démesurées, c’est qu’il pose bien à la fois la question de la différence religieuse et celle de l’apparition sexuée de la femme. Cela va évidemment à contre-courant de la société moderne du vêtement unisexe qui gomme à la fois toutes les expressions diverses du religieux dans l’espace public et tout ce qui pourrait nous ramener à notre différenciation sexuée.

En Islam, la différence ou les confrontations ne sont pas un mal dans l’absolu, ce ne sont pas des imperfections qu’il faudrait faire disparaître. Elles font partie de la nature humaine et c’est d’abord une décision divine, Dieu a voulu cela. Les différences ethniques, religieuses ou sexuelles font partie de ce décret divin :

« Ô hommes ! Nous vous avons créés d’un mâle et d’une femelle, et Nous vous avons répartis en peuples et en tribus, pour que vous fassiez connaissance entre vous. En vérité, le plus méritant d’entre vous auprès de Dieu est le plus pieux. Dieu est Omniscient et bien Informé. » [Les Appartements, Al-Hujurât, 49/13]

En fait, les différences ne sont que des rappels car elles nous permettent de nous remettre en question, de réfléchir, d’agir, de nous réformer et de témoigner. Dieu, dans le verset suivant, nous rappelle que c’est cette confrontation dans la différence qui nous permet de nous élever :

« Si Allah ne repoussait pas les êtres humains les uns par les autres, il y aurait partout le chaos sur la Terre. » [La Vache, Al-Baqara, 2/251]

Ainsi, Dieu ne nous demande pas de faire disparaître nos différences (qu’elles soient liées à notre nature ou à un choix personnel) au nom d’un modèle social et/ou culturel qui devrait s’imposer à tous. En Islam, la différence hommes-femmes n’est pas un « défaut de la nature » qu’on tenterait vainement de faire disparaître, ou qu’on essaierait douloureusement de supporter ou de tolérer.

La différence, dans le verset ci-dessus (Les Appartements, 49/13), est d’abord décrite comme un décret divin auquel on devrait se soumettre, en toute humilité. C’est ensuite une bénédiction divine qui nous permet de nous rappeler le sens de notre existence, de nous concurrencer dans l’accomplissement des bonnes œuvres. C’est finalement ce qui permet l’établissement de contre-pouvoir, car l’autre dans sa différence sera toujours celui ou celle qui va me rappeler à l’ordre lorsque je serai dans l’excès ; et c’est ce qui va me permettre de vivre dans l’harmonie, l’équilibre et la paix :

« C’est Lui qui vous a créés d’un seul être dont Il a tiré son épouse afin qu’il pût trouver sa sérénité auprès d’elle... » [Les Murailles, Al-A‘râf, 7/189]

C’est ce qui va me permettre de trouver une sécurité, une intimité, une écoute et une bienveillance mutuelles :

« ...Vos épouses, qui sont un vêtement pour vous autant que vous l’êtes pour elles... » [La Vache, Al-Baqara, 2/187]

Mais aussi une satisfaction et un épanouissement dans ce monde pour me préparer à l’au-delà qui reste la finalité de mon existence ici-bas :

« Vos femmes sont pour vous comme un champ de culture. Allez à vos champs comme vous l’entendez. Constituez-vous un capital de bonnes œuvres et craignez Dieu, en vous rappelant que vous aurez à Le rencontrer !... » [La Vache, Al-Baqara, 2/223]

5. Hommes-femmes : entre séduction et tentation

Dans un premier temps, nous avons établi que toute la création est dans la dualité, la masculinité/féminité chez l’être humain en fait partie. Dieu le décrit comme un signe de Sa Toute-Puissance qui doit nous rappeler le Créateur, Celui qui est dans l’Unité. Ensuite, nous avons fait remarquer que cette dualité implique une différence mais que la différence n’impliquait pas une discrimination. Tout au contraire, elle doit être comprise comme une bénédiction qui peut nous permettre d’établir l’équilibre et l’harmonie, source de paix et de rappel.

Le verset suivant pose enfin la question de l’attirance, de cet « amour passionnel, hubbu-sh-shahawât », aussi puissant et aussi irrésistible dans le rapport hommes-femmes que l’amour ou l’attirance que l’on pourrait avoir vis-à-vis de ses enfants ou de tous autres biens dans ce monde :

« Les hommes sont irrésistiblement attirés, dans leurs passions trompeuses, par les femmes, les enfants, les amoncellements d’or et d’argent... » [La Famille d’Imran, Âl ‘Imrân, 3/14]

Une attirance, une « force d’attraction » tellement puissante que même les plus pieux ont failli y succomber. Ainsi Dieu nous donne l’exemple du prophète Yûsuf (5) qui aurait pu répondre aux avances de cette femme si Dieu ne l’avait pas protégé d’elle et de lui-même :

« Mais elle avait complètement succombé à son charme et lui aussi l’aurait désirée s’il n’avait pas été éclairé par un signe de son Seigneur. Et c’est ainsi que Nous avons écarté de lui le mal et la turpitude... » [Joseph, Yûsuf, 12/24]

Dieu n’a aucune gêne non plus à révéler les sentiments secrets qu’éprouvait notre Prophète Muhammad (psl) envers l’ex-épouse de Zayd :

« ...Et tu cachais en ton âme ce qu’Allah allait rendre public. Tu craignais les gens, et c’est Allah qui est plus Digne de ta crainte... » [Les Coalisés, Al-Ahzâb, 33/37]

Dans les deux cas cités ci-dessus, celle du prophète Yûsuf (psl) et celle du prophète Muhammad (psl), Dieu nous informe que ces sentiments et cette attirance font partie des réalités de notre existence et que tout être humain vivra cette réalité. Par contre, il nous demande de le vivre dans la justice, la droiture et l’harmonie. Ainsi, il prémunira le prophète Yûsuf contre une attirance qui n’est qu’une « turpitude » mais il demandera au prophète Muhammad (psl) d’épouser celle qu’il désirait secrètement car son sentiment était légitime. Il devait le vivre harmonieusement malgré ce que les gens pouvaient en penser.

Donc, il ne s’agit pas de nier un sentiment qui fait partie de notre humanité, il s’agit plutôt de le gérer dans la droiture et en toute justice. Dieu demande de répondre à ce sentiment naturel à travers un contrat de mariage qui respecte les droits de chacun :

« Mariez les célibataires qui vivent parmi vous, ainsi que vos serviteurs vertueux des deux sexes. » [La Lumière, An-Nûr, 24/32]

Mais quelle que soit notre situation, il faut se souvenir que notre relation à Dieu est au-dessus de tout, car « c’est Dieu qui est plus Digne de toute crainte. » et non pas les pesanteurs sociales ou nos passions.

Il nous le rappelle encore dans le verset suivant en nous disant que nos préférences dans le choix de nos conjoint(e)s doivent se faire d’abord sous le critère de la croyance.

Une prescription formulée aux hommes qui pourraient succomber aux charmes de négatrices :

« ...Une esclave croyante est préférable à une idolâtre libre, même si celle-ci a l’avantage de vous plaire. » [La Vache, Al-Baqara, 2/221]

Et une prescription qui est à nouveau formulée à l’identique aux femmes qui pourraient être attirées par des négateurs :

« ...Un esclave croyant vaut mieux qu’un négateur libre, même si ce dernier a l’avantage de vous plaire. » [La Vache, Al-Baqara, 2/221]

Et pour se prémunir de ces situations délicates et afin que la dignité et l’honneur de chacun soient respectés, Dieu nous demande de ne pas tomber dans ce jeu de la séduction dans le regard comme dans la manière d’être, de se comporter ou de s’habiller.

Une invitation formulée aux hommes :

« Invite les croyants à baisser pudiquement une partie de leurs regards et à se préserver de toute souillure charnelle. Cela contribuera à les rendre plus purs, car Dieu est si bien Informé de tous leurs actes... » [La Lumière, An-Nûr, 24/30]

Une invitation formulée aussi aux femmes :

« Invite également les croyantes à baisser pudiquement une partie de leurs regards, à préserver leur vertu, à ne faire paraître de leurs charmes que ceux qui ne peuvent être cachés, à rabattre leurs voiles sur leurs poitrines... » [La Lumière, An-Nûr, 24/31]

Ces invitations et ces prescriptions qui sont formulées aux hommes et aux femmes, de manière distincte, parfois à l’identique, parfois avec quelques nuances, sont là pour nous rappeler qu’une relation juste et épanouie entre deux personnes de sexes opposés est la responsabilité des deux personnes – hommes ou femmes.

Lorsque ces règles ne sont plus respectées les plus mauvais, hommes et femmes, s’y retrouveront pour leurs turpitudes :

« Les mauvaises femmes aux hommes mauvais et les hommes mauvais pour les mauvaises femmes... » [La Lumière, An-Nûr, 24/26]

Mais lorsqu’elles sont respectées, ce sont des relations hommes-femmes qui se feront sous la marque de la piété et de la bienfaisance :

« De même, les femmes de bonté aux hommes bons, et les hommes bons pour les femmes de bonté... » [La Lumière, An-Nûr, 24/26]

6. Relation hommes-femmes : quelles règles dans l’espace public ?

Nous avons vu que la dualité homme/femme est un signe divin, qu’elle implique une différence qui nous permet de vivre l’harmonie comme le jour et la nuit vivent harmonieusement leur alternance. Nous avons vu aussi que l’une des principes de la dualité c’est que souvent ces deux éléments s’attirent irrésistiblement, et qu’ils ne peuvent vivre l’un sans l’autre. Il convient donc aux hommes et aux femmes de gérer ensemble cette réalité dans le bien et la justice. Nous allons voir maintenant quelques-uns des principes de ce « vivre ensemble » des hommes et des femmes dans l’espace public, à travers un épisode de la vie du prophète Mûsâ (5) que Dieu nous relate dans Son Livre :

« Et ayant pris la direction de Madyan, il se dit : « Peut-être que mon Seigneur me mettra sur la bonne voie. » Arrivé enfin au point d’eau de Madyan, il y trouva un attroupement de gens occupés à abreuver leurs troupeaux, pendant que deux jeunes femmes, retenant leurs bêtes, se tenaient à l’écart. « Quel est votre problème ? », leur demanda Moïse. « Nous ne pouvons, répondirent-elles, abreuver notre troupeau que lorsque les bergers seront partis, car notre père est d’un âge fort avancé. » Moïse fit alors boire le troupeau des deux jeunes filles et se retira à l’ombre en disant : « Seigneur, j’ai grand besoin de toute grâce dont Tu voudras bien me gratifier ! » »  [Le Récit, Al-Qasas, 28/22-24]

Un principe que nous révèle le Coran dans notre manière d’être avec le sexe opposé, c’est d’abord l’obligation d’agir dans le bien et la justice. Nous le voyons dans le verset ci-dessus, lorsque le prophète Mûsâ se porte au secours de ces deux filles sans qu’elles aient besoin de le demander. Elles ne pouvaient plus puiser leur eau, à cause d’hommes rustres qui faisaient prévaloir par la force leur prétendu droit sur le puits. Mûsâ se chargea alors de faire boire le troupeau des jeunes filles puis se retira sans rien demander en retour.

L’histoire se poursuit :

« Puis l’une des deux jeunes filles revint vers lui, d’un pas pudique, pour lui dire : Mon père voudrait te voir pour te récompenser d’avoir abreuvé notre troupeau. » [Le Récit, Al-Qasas, 28/25]

L’une des filles s’avança donc pour parler au prophète Mûsâ, désirant que cet acte de bonté soit récompensé. La bienveillance dans nos relations est ainsi un second principe. Puis Dieu précise qu’elle s’était avancée de manière « pudique » (‘alâ stihyâ’). La pudeur et la réserve sont donc un troisième principe.

La pudeur peut s’exprimer évidemment dans la manière de s’habiller comme il est dit dans ce verset qui s’adresse aux femmes du Prophète (psl) et aux croyantes :

« N’étalez pas avec coquetterie votre beauté à la manière des femmes de l’époque antéislamique ! » [Les Coalisés, Al-Ahzâb, 33/33]

Mais en fait, il s’agit généralement d’une manière d’être et même de s’exprimer. Dans le verset suivant, Dieu parle des femmes dont leurs paroles pourraient paraître « trop complaisantes ». Mais l’annonce n’interpelle pas seulement ces femmes. Dieu interpelle aussi ces hommes aux « désirs coupables » et aux « cœurs malsains » si sensibles à ce type de propos :

« Si vous êtes pieuses, ne vous montrez pas trop complaisantes dans vos propos, afin de ne pas éveiller de désirs coupables dans certains cœurs malsains. Soyez décentes dans vos propos. » [Les Coalisés, Al-Ahzâb, 33/32]

Ainsi, quand Dieu révèle la prescription aux croyantes de se couvrir correctement, c’est pour qu’elles ne soient pas assimilées aux « femmes complaisantes » face à des « cœurs malsains » et que leur honneur soit ainsi respecté :

« Ô Prophète ! Dis à tes épouses, à tes filles et aux femmes des croyants de ramener un pan de leurs voiles sur elles. C’est le meilleur moyen pour elles de se faire connaître et d’éviter ainsi d’être offensées. Dieu est Plein d’indulgence et de compassion. » [Les Coalisés, Al-Ahzâb, 33/59]

Nous ne sommes pas du tout dans la vision biblique du voile qui se traduit comme un acte de soumission au conjoint.

Ainsi, à travers cet épisode de la vie du prophète Mûsâ, nous pouvons résumer les principes qui régissent la relation homme-femme dans l’espace public : ce serait la prescription d’agir en permanence dans le bien et la justice, c’est l’esprit de bienveillance des uns vis-à-vis des autres qui doit nous animer, et c’est le cadre indispensable de la réserve et de la pudeur qui pose des limites dans notre manière d’être, de parler ou de s’habiller.

7. Rapports hommes-femmes et les rapports de pouvoir

Enfin, pour conclure, nous ne pouvions pas parler des rapports hommes-femmes sous l’angle des rapports de pouvoir. C’est souvent ce qui est mis le plus avant quand on parle des « droits des femmes ». Dans les mouvements féministes musulmans ou non, ce qui est central, c’est bien la question du pouvoir. Or ce que nous dit le Coran, c’est que le pouvoir n’appartient ni à la femme ni à l’homme, il n’appartient qu’à Dieu :

« Il ne convient pas à un croyant ni à une croyante de suivre leur propre choix dans une affaire, une fois que Dieu et Son Prophète en ont décidé autrement. Quiconque désobéit à Dieu et à Son Prophète s’égare de toute évidence. » [Les Coalisés, Al-Ahzâb, 33/36]

Le verset est clair et explicite, il cite de manière égale les hommes et les femmes. Il est demandé à tous les deux de reconnaître cette déclaration divine, puis de vivre leur relation dans le cadre de cette vérité.

Qu’une femme exerce un pouvoir économique dominant dans sa relation avec son conjoint comme Khadîja (que Dieu l’agrée) avec son mari le prophète Muhammad (psl), ou que cela soit l’homme qui ait cette prédominance, le fond de la question n’est pas là. Ce qui prime, c’est plutôt la manière dont la femme ou l’homme exerce ou gère ce pouvoir.

Le fait-elle ou le fait-il dans les limites des prescriptions divines ? Le fait-il ou le fait-elle pour le bien et la justice ? Le fait-elle ou le fait-il dans la conscience intime de Dieu ?

Lorsque Dieu dans le verset suivant nous parle de la reine de Saba, il n’y a aucune remarque particulière sur le fait d’une femme qui exercerait cette haute fonction politique. Elle est citée avec respect : elle dispose de « grandes ressources », son trône est « magnifique ». Mais elle est dans l’erreur. Le verset ne pointe pas du doigt son rôle politique, il met plutôt en exergue son ignorance et celle de son peuple :

« ...C’est une femme disposant de grandes ressources et ayant un magnifique trône qui règne sur eux ; et j’ai découvert qu’elle et son peuple adorent le Soleil au lieu d’adorer Dieu... » [Les Fourmis, An-Naml, 27/23-24]

Zayd était le fils adoptif du Prophète (psl). Il se sépara de sa femme. Quand le Prophète eut une attirance légitime envers elle, il dissimula pourtant ses sentiments. Car ce type de mariage n’était même pas envisageable dans la société de l’époque où un fils adoptif était assimilé à un « vrai » fils. Dieu réfuta cette règle. Un fils adoptif n’est pas un fils naturel et le Prophète n’avait donc pas à nier un sentiment qui était légitime. Dieu lui demanda donc de ne plus cacher son sentiment et de se marier.

Ainsi, même le pouvoir du « qu’en dira-t-on », le pouvoir de la norme sociale de l’époque ne doit s’opposer à la norme divine. Le Prophète lui-même doit s’y soumettre et ne pas tenir compte de « l’opinion des gens » car Dieu est au-dessus des gens, – homme ou femme :

« Tu redoutais l’opinion des gens, alors que c’est Dieu que tu devais craindre. Lorsque Zayd eut cessé toute relation avec sa femme, Nous te la donnâmes en mariage afin qu’il ne soit plus interdit aux musulmans d’épouser les femmes avec lesquelles leurs fils adoptifs auront cessé tout commerce. L’ordre de Dieu devait être exécuté. » [Les Coalisés, Al-Ahzâb, 33/37]

Ainsi, la question du pouvoir dans les relations hommes-femmes reste secondaire lorsque Dieu est réellement au centre de nos vies. Lorsque les modernistes prétendent que c’est l’Homme avec un grand H qui devrait être au centre de nos vies, très rapidement c’est bien l’homme avec un petit h qui prend sa place. Notre société consumériste et sa course aux profits qui savent manipuler notre affect et nos sentiments nous le prouvent en permanence.

8. Conclusion

Aujourd’hui, il ne s’agit plus de nier nos différences et de prétendre à une uniformité, une sorte de confusion des genres qui, seule, permettrait l’égalité. Il faudrait simplement reconnaître nos différences et même les protéger car c’est dans le respect et la confrontation de nos identités qu’émergent des êtres libres et émancipés. Il faudrait même reconnaître, parfois, des intérêts divergents, puis apprendre à gérer nos désaccords en toute humilité et dans la reconnaissance de nos limites.

Car le cœur de l’être humain est une mécanique d’une complexité qui nous dépasse tous, hommes ou femmes, seul notre Créateur en connaît les tréfonds et les secrets, seul l’Unique peut unir harmonieusement pour le bien des deux, hommes et femmes.

Lyon, le 22 décembre 2014

Yamin Makri

Les rapports hommes-femmes dans le Coran
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