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La modernité marchande est ce polythéisme totalitaire fondé sur une nouvelle trinité : productivisme, consumérisme et modernisme.

Un nouveau dogme qui a glorifié le sujet moderne, séparé de son Dieu et isolé de sa communauté, afin de le réduire en un objet marchand, soumis exclusivement aux injonctions de la société du travail et de la consommation.

– Il a son Église représentée par le sacerdoce de nos dévouées élites médiatiques, économiques et politiques.

– Il a sa liturgie et ses prières répétées avec ardeur à travers ses slogans publicitaires investissant ainsi tous nos espaces de vie.

– Il a son catéchisme dévolu aux écoles laïques et républicaines. Ces nouveaux lieux du sacrement de la société marchande qui « éduquent » nos enfants pour en faire de dociles travailleurs-consommateurs.

– Il a ses grands saints canonisés par l'audimat des médias marchands, il a ses martyrs au travail, il a ses élus parlant au nom du petit peuple mais pour le seul intérêt de l'hégémonique Église productiviste.

– Il a ses dévots et ses tartuffes, ceux qui auront prouvé leur loyauté et leur total allégeance aux nouveaux dieux de la modernité, ceux qui chanteront avec ferveur les louanges du travail et de la rentabilité et ceux qui s'avéreront être les meilleurs prosélytes des bienfaits de la marchandise fétichisée.

– Il a ses offices sacrés du samedi dans nos beaux sanctuaires, nos imposants temples de la consommation.

– Et annuellement, il a ses commémorations comme cette fête de travail qui vient nous rappeler la primauté de son règne. Mais aussi les autres célébrations religieuses (Noël, ramadan) qui seront totalement intégrés à son culte, à la seule condition que le dieu-consommation soit également vénéré avec, au moins, autant d'engouement.

– Il a ses pénitences quotidiennes à travers les pieux sacrifices du bon travailleur totalement dévoué à son employeur.

– Il a ses fidèles dévots dans l'image de ce salarié qui égrène avec son chapelet ses huit heures de travail quotidien attendant avec impatience ses longues soirées télévisées où on lui intimera ce qu'il faudra acheter lors de son prochain repos dominical.

– Il a son grand pèlerinage annuel des juilletistes et des aoûtiens participant à cette ferveur collective des « croyants » adhérents à ce moment de communion pour un seul et unique dessein : montrer durant ces pénibles embouteillages autoroutiers notre satisfaction d'avoir eu le privilège de pouvoir participer à ces longues et interminables processions estivales.

– Il a aussi ses vieux mythes et ses croyances irrationnelles en l'avènement d'un monde idéal où nous serons enfin tous sauvés par le retour miraculeux du messie-croissance et où nos âmes satisfaites s'élèveront grâce à l'ascension du saint pouvoir d'achat.

– Il a ses belles superstitions qui permettent d'entretenir l'espoir dans un au-delà fictif pour qu'ici-bas la masse des fidèles continue à consommer, à produire dans l'exaltation collective et même à voter pour les plus scrupuleux car « la croissance reviendra », car « le plein emploi est encore possible », car « le profit des uns c'est pour le bien être des autres », car « la démocratie c'est pour être libre » car « avec la prospérité s'établira la justice », etc.

La modernité marchande a ainsi imposé sa foi, sa norme et ses rites au dessus de tous les autres. Et gare aux mécréants, aux apostats et à tous ces déviants qui installent le doute en professant qu'un autre monde est possible...

– Car il a aussi ses violents inquisiteurs, sa police des mœurs consuméristes, ses gardiens des lieux saints du capital toujours à l'affût derrière leurs écrans de contrôle, à la recherche de toutes les brebis galeuses qu'il faudra vite encadrer, réorienter, et à défaut isoler ou réprimer.

– Et il a prouvé qu'il avait aussi ses nombreuses guerres saintes. Ces guerres du bien marchand, de ses matières premières et de ses marchés, contre le mal de ceux qui s'obstinent à entraver leur production et leur consommation. Ces guerres mondiales et permanentes pour le seul profit enivrant, au nom de leur progrès aliénant et pour que règne partout la civilisation de l'argent.

Ces conflits qui sont devenues les plus meurtriers et les plus dévastateurs jamais connus sur Terre depuis l'avènement de l'homme.

Le monde vit actuellement dans ce système englobant, total et mortifère qui pénètre nos esprits et gère notre quotidien. Voici ce que nous affrontons aujourd’hui. Un système qui est beaucoup plus qu’un système économique, pas seulement une philosophie politique, plus grave qu’une simple aliénation sociale. C’est une croyance qui pervertit notre manière de percevoir la réalité et aliène nos cœurs, nos esprits… nos âmes.

Tous l’enjeu dorénavant est de comprendre la profondeur du problème et de lui opposer une alternative juste et émancipatrice mais tout aussi totale, tout aussi englobante et nécessairement radicale.

YM

Un système total
Tag(s) : #Réflexions

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