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Orgueil et déconsidération de soi

 

La dépendance, c'est le propre d'une créature. Elle reste dépendante d’un contexte qu’elle utilise et qu’il l’utilise. La créature ne peut pas vivre autrement. À la différence du Créateur, qui, Lui, est au-delà de tout. Le Créateur n’est pas utilisé par un autre et Il n’est pas dans le besoin d’utiliser un autre pour être. Rien ne peut donc l’égaler, c’est le sens du verset coranique : « lam yalîd wa lam yulâd wa lam yakun lahu kufu’an ahad »

Parfois, notre sentiment de faiblesse, de simple créature utilisée et manipulée resurgit brutalement. Une actualité débordante, des informations qui agressent plus qu’elles informent, un quotidien difficile qui impose son rythme. On a l’impression de « n’être plus » rien. D’être le jouet d’évènements qui nous malmènent, d’une vie dont on ne maîtrise plus.

Que peut-on réellement ? Sommes-nous donc destinés à n’être qu’une petite barque dans l’immensité d’un océan dont les vagues désorientent, tantôt soumis à une météo favorable, tantôt soumis à des vents violents. Mais toujours soumis…

Le discours ambiant essaie de promouvoir une vision opposée à ce fatalisme. Il prône l’action, la liberté, la volonté, le désir de réussir. Ce discours de « winner » est le discours qu’on promeut à nos enfants dans nos écoles laïques, dans nos universités, dans le milieu professionnel. C’est le discours publicitaire, médiatique, des élites économiques et politiques. Et si les « éléments » (ou la nature, ou même Dieu) désirent nous soumettre, l’être humain par sa propre volonté peut se prendre en main et changer le cours des choses, voire même dominer et prendre le contrôle des « choses ». Dominer les éléments, dominer la nature, contrôler son contexte…

Nous oscillons donc entre ces deux réalités, le discours du « winner », de celui qui peut, il suffirait alors de le vouloir ; et la réalité d’un monde, d’une quotidienneté où on nous retire petit à petit tous les moyens de notre autonomie. Un monde où on ne se sent n’être qu’un rouage d’une grande mécanique dont on ne maîtrise rien.

Multiplications de guerres, de conflits sociaux, de crises, de scandales politico-financiers dont on ne comprend plus les tenants et aboutissants… Même, dans notre vie de tous les jours, sociales ou familiales, on ne comprend plus les réactions, les comportements violents des uns, insultants des autres. On devient étranger à notre propre réalité. On est dépassé ! On se sent petit, dominé, faible et impuissant… Sommes-nous destinés qu’à subir ?!

Face à cela, les discours scolaire, médiatique, politique et économique nous prétendent tout le contraire. De manière prétentieuse, orgueilleuse et accusatrice, on nous pointe du doigt. Le problème ce serait nous. Car il faut vraiment le vouloir ! Et quand on veut, on peut !

Et nous avons fini par intérioriser ce discours et ces comportements. Nous nous accusons parfois de fataliste impuissant et dominé. Et souvent d’un manque flagrant de volonté. En fait, ce contexte qui d’un coté nous conduit à penser que tout nous dépasse et de l’autre qui clame haut et fort que tout est entre nos mains, conduit à développer en nous un fort sentiment de culpabilisation ou de déconsidération de soi.

Car ce discours place les créatures que nous sommes au centre en prétendant qu’il faudrait s’approprier nos succès et nos échecs. S’approprier les succès, pour conforter le discours d’une créature prétentieuse qui peut dominer et contrôler son monde. S’approprier les échecs pour cultiver ce sentiment de culpabilisation ou de déconsidération de soi, en espérant provoquer et faire réagir.

Ce sont ces discours trompeurs qui nous illusionnent et qui nous ramènent vers le néant. Et si ce discours peut paraitre « efficace » pour faire fonctionner un ordre social destiné à la production et à la consommation, dans les faits il est destructeur et il ne permet en rien l’épanouissement de notre être.

En Islam, s’il y a échec, c’est que Dieu, au final, en a décidé ainsi. Cela n’enlève en rien à notre responsabilité. Mais nous ne sommes pas au centre de l’évènement. Celui qui est au centre, c’est Dieu. Il est Celui Qui décide, c’est Lui qui finalement fait la réalité, pas nos actions. Cela permet ainsi d’éviter de développer un sentiment excessif de culpabilisation.

Et s’il y a succès, ce n’est que par la Grâce de Dieu. Cela n’enlève rien à notre mérite. Mais nous ne sommes toujours pas au centre de l’évènement. C’est toujours Lui. Il est celui Qui donne. Nous recevons dans l’humilité qu’une créature sied à son Créateur.

Il n’y a pas de culte du succès ou de la honte dans l’échec en Islam. Cela n’a pas de sens. Car le succès et l’échec n’exprime rien en eux-mêmes. Ce n’est qu’une perception subjective d’une réalité.

L’échec peut ainsi être positif et peut permettre de reprendre conscience de notre statut de créature faible, et nous ramener à nos limites. Nos errements peuvent tout aussi nous rappeler qu’une créature à toujours besoin de son Créateur pour être guidé. Et donc pour tout cela, pour revenir à Dieu, nous devons passer par les échecs, les errements, les fautes, les erreurs et même le péché.

Quoi de mieux que l’échec pour nous protéger de la prétentieux et l'orgueil. Et quoi de pire que l’orgueil !!

Tomber, se tromper, se perdre peut nous protéger du pire, mais évidemment « pour ceux qui savent réfléchir » et tirer les enseignements, comme le répète allègrement le Noble Coran.

Et à l’opposé, le succès continu peut être négatif et devenir une malédiction. Car il est très difficile de ne pas tomber dans l'orgueil quand tout nous réussi. Humainement difficile.

Car l'orgueil rend totalement aveugle. Et quand les yeux de ton cœur deviennent aveugles, tu perds pied avec la réalité et tu te noies. Car tu ne vois plus qu’avec les yeux de ta tête, et tu traduis la réalité à ton orgueil. La réalité n’est que ton reflet, le reflet de tes désirs et de tes ambitions. La réalité devient ta réalité, l’image de ta noirceur. Tu ne vois plus rien. Les ténèbres. La perte.

Ainsi, dans la compréhension islamique, l'échec comme la réussite ne sont ni un mal ni un bien par eux-mêmes. Mais évidemment, ne tirer aucun enseignement d’un échec et cultiver la culpabilisation sont les signes qu’il en devient un mal. Comme il est évident que vouloir s’attribuer seul les mérites de la réussite est le signe caractéristique qu’il n’est certainement plus un bien.

S'attribuer seul la réussite ou se considérer être seul au centre de l’échec sont en fait les deux volets d’une seule et même attitude égocentrique. L'orgueil débute ainsi, lorsqu’on se met au centre de tout et qu’on oublie que Dieu seul est au centre.

Cette volonté de se mettre au centre, au-delà d’être erronée, est aussi inopérante et inefficace.

La culpabilisation égocentrique  après l’échec nous désarme et nous rend impuissant. Il ne nous permet pas d’extraire une compréhension, un enseignement pour pouvoir repartir. Et l’appropriation du succès nous enivre, et nous donne cette impression de puissance qui n’est qu’une illusion dans laquelle nous nous installons. Elle nous rend aveugle et ne nous permet plus d’agir avec pertinence.

Dès que l’Homme se met au centre, à la place de son Seigneur, il en devient aveugle, ses ailes fondent, et il retombe, impuissant. Dès qu’il témoigne au Tout-Puissant sa Grandeur et qu’il accepte son statut de créature, il retrouve sa capacité de comprendre avec clairvoyance et d’agir avec pertinence.

Il ne faut donc jamais s'attribuer entièrement un échec ou un succès. C'est la clé de la réussite. C’est la voie de la paix intérieure, de l’équilibre.

La réalité. Le changement. Le succès ou l’échec. C'est l'affaire de Dieu. Tout cela ne nous appartient pas.

Par contre, notre vrai problème à nous, simple créature, ce n’est pas la réalité mais c'est la perception que nous avons de notre réalité. Il faut chercher la bonne perception, celle que Dieu veut et celle qui permet une vie harmonieuse ici-bas et la félicité dans l’au-delà. Quand la perception est correcte, le réel change. Car Dieu le veut ainsi.

Malgré ce qu’on prétend et qu’on peut croire, nous n’avons aucune influence réelle sur la réalité. Nous ne sommes pas les maîtres de notre vie. Si « tout est écrit », c’est que nous ne pourrons jamais « maitriser ». La maitrise est à Dieu Seul.

Mais Dieu nous demande de voir le monde autrement, en Le reconnaissant, Lui, comme le Tout-Puissant. Et en nous soumettant à notre statut de créature face à Lui. Ce n’est que cette manière de percevoir la réalité qui pourrait nous rendre les moyens de changer le réel. Nous ne changerons le réel qu’au nom de Dieu et par Dieu.

Notre influence ne sera que dans les conséquences de notre manière de concevoir le réel.

En fait il n’y a pas une réalité. C'est un mensonge. Il y a des réalités qui correspondent au parcours de chacun. C’est cette multitude qui souvent nous illusionne.

Et il n'y a pas des vérités. C'est un mensonge. Il y a qu’une seule vérité. C’est Lui. Nous, créatures, nous sommes qu'à travers Lui.

La vraie perte, le vrai échec, la véritable tristesse, le grand malheur c'est lorsqu’on arrive à nous faire croire qu'on peut être que par nous même. C’est lorsqu’on perçoit le monde et lorsqu’on construit notre vie quotidienne sur la base de ce mensonge.

Là est l’échec. L’échec véritable et absolu.

 

Et Seul Dieu est Savant

YM

Du sens de l’échec
Tag(s) : #Islam

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